Les hauts cadres des administrations publiques et les dirigeants politiques.


Les hauts cadres des administrations publiques et les dirigeants politiques.

Dimanche dernier, le 24 avril 2016, le Chef de l’État a réuni lors d’une conférence-débat, les hauts cadres de l’administration pour leur rappeler leurs obligations vis-à-vis des usagers des administrations, des sociétés nationales, des services publiques. Une initiative fort louable.  Mais de par mon humble expérience, les menaces et les colères du Chef de l’État ne porteront qu’à la distance de sa voix et équivaudront à écrire à l’encre sympathique. Chez nos hauts cadres, chassez le naturel, il revient au galop.

Pourquoi cette situation, c’est à cette question que je vais tenter de donner quelques éléments de réponse.

Les jugements monolithiques portés sur un groupe humain ou une corporation ne sont jamais justes. Ils dévoilent bien souvent les préjugés dont est bourrée la tête de celui qui les émet, ainsi qu’ils mettent au grand jour ses propres limites intellectuelles et spirituelles. Mais rien n’exclut que des personnes d’horizon et d’étoffes divers, placées dans un même contexte sociologique, développent en réaction à celui-ci, des comportements similaires, qui à la longue, pourraient les caractériser et les distinguer.

Ceux d’entre le groupe ou la corporation qui feront exception à la règle seront les seuls mêmes qui pourraient, par des qualités humaines et des efforts personnels, transcender les contingences particulières incubatrices des tares évoquées.

À cet égard, même encore aujourd’hui, le risque d’erreur est nul. Les plus grandes concentrations d’années de scolarité et d’études universitaires dans notre pays se trouvent entassées au sein de la haute administration publique. Il en résulte qu’en ce lieu croupissent de nombreuses intelligences désaffectées, des lampes mises sous boisseau, des vertus et des efforts englués dans l’inaction. Et par rapport à ces denrées rares et précieuses pour la construction nationale, il s’organise et s’entretient un gaspillage absolument inqualifiable. En ce lieu de vandalisme massif et violent sur l’intelligence et le savoir, aucune bonne volonté ne peut rien préserver de significatif à titre individuel.

La plupart des agents s’y trouvent embusqués pour une pitance, aussi pour une illusion de sécurité, par paresse adulte et par routine. On s’y attend, on s’y morfond. La tâche est d’accrocher la fin de l’heure chaque jour ; l’esprit entier aspire à la fin du mois. L’âme est tournée vers les avancements d’échelons et de grades, lesquels doivent découler de l’ancienneté et de la végétation en somme, et non de du mérite. Je ne parle pas ici des sports nationaux que sont la corruption, des obstructions, des cas extrêmes de pillage de la part de nos hauts et très bas fonctionnaires. J’évoque ici pour le moment le mal ordinaire.

La majorité des hauts cadres de l’administration publique n’est ni directement victime de la grande pauvreté de l’État, ni assujettie à une quelconque sanction politique de la base populaire. Cependant, certains développements plus ou moins récents nous amènent à relativiser cette vue. Dans l’ensemble, la carrière des hauts cadres de l’administration est tracée à l’avance et bien balisée.

Leur vie semble donc ne dépendre en rien du reste des contingences, mais de leur statut par rapport à celui « qui fait le thé », de leur entregent, de leurs liens familiaux, sanguins, tribaux, de leur habilité à se rendre indispensables aux yeux des « Dieux de l’Olympe ».

Ils constituent cependant la catégorie qui dirige notre pays dans la réalité. Les hauts cadres de l’administration publique, des sociétés nationales et autres établissements publics, suscitent les décisions qui modèlent la vie nationale à force de fiches et de textes désuets, copiés-collés depuis Google,  ils goupillent notre devenir commun.

Ces hauts fonctionnaires, par nature, sont des réactionnaires, du fait que leur rôle très officiel est la défense du statu quo, dans un monde qui aspire à de multiples changements. C’est à leur seul niveau que le pouvoir s’accumule quand les procédures se bloquent.

De telles contingences, loin de leur déplaire, constituent une source de satisfaction imbécile. Bien souvent, ils réfléchissent à créer et à multiplier des formes diverses d’obstruction qui constituent autant de moyens de consolidation de leur pouvoir.

Le grand inconvénient de tout ceci réside dans cet état de fait qui constitue le terreau propice à cette situation insurmontable de corruption dans les rangs de ceux qui ont la charge de notre pays aujourd’hui.

Voilà le mal dont souffrent les hauts fonctionnaires qui, dans les faits, nous dirigent. Le mal est terrible, douloureux, irréversible aussi ; mais ne comptez pas sur ce malade : il ne demandera pas l’euthanasie. En effet, les hauts fonctionnaires sont aussi, pour la grande partie majorité, pétris d’un formidable instinct de conservation.

Mon intention n’est nullement de m’en prendre inutilement à une catégorie particulière de personnes, d’autant plus que j’appartiens à cette catégorie, mais seulement j’appelle à l’action franche, intelligente, concrète, assise sur la communauté nationale, son engagement et ses aspirations ; et ceci implique bien des choses.

En effet, il importe qu’à cette fin majeure, des forces soient levées et engagées dans une nouvelle pensée et engagées dans l’action. Le préalable à un tel engagement dans la stratégie des forces est qu’il en soit fait un état des lieux, non complaisant, lequel a la tâche difficile de porter ici sur le facteur cardinal et particulièrement sensible que constitue la ressource humaine.

Nous sommes tenus de l’examiner avec rigueur, sous l’angle précis des prédispositions des principales catégories qui composent nos communautés nationales, de leur propension à recevoir un discours nouveau, à accepter des changements vitaux auxquels nous aspirons, à y collaborer. Quoique nous concédions à tous le droit de participer aux changements, je crois aussi aux étapes de mutations mentales à faire franchir par chacun, et celles-ci pourraient bien ne pas être les mêmes pour tous.

 À mon humble niveau, j’ai eu l’honneur de diriger, collaborer, discuter avec les meilleurs d’entre ces hauts cadres de l’administration publique, les observer par rapport à leurs qualités professionnelles et à leur intégrité personnelle.

Très peu parmi eux sont assez rudes pour se hisser au-dessus de cette terrible contingence de la compréhension erronée de leur position. De leur côté, il persiste une erreur morbide de perception qui les tient prisonniers d’un paradigme dangereux, celui qui leur fait croire à une illusion d’indépendance de vie et de destinée entre eux-mêmes et les autres catégories sociales et professionnelles.

Les dirigeants politiques

À la différence des hauts fonctionnaires embusqués dans nos diverses administrations, les dirigeants politiques ne jouissent pas d’un plan de carrière assuré. Leur navire ne navigue pas en eaux sereines comme c’est le cas des hauts fonctionnaires (certains plus que d’autres…); et ils ont pour cela quelques raisons de scruter prudemment les horizons et de s’agripper au gouvernail.

Cependant, les dirigeants politiques, aux niveaux les plus élevés, ne sont que la silhouettes du corps décisionnel véritable que constitue la caste des hauts cadres des administrations. Les acteurs politiques, en dépit de tout ce qui peut-être dit, sont globalement réceptifs aux idées progressistes, pourvu que celles-ci leur soient accessibles, aient l’aval du « Palais », et accessoirement porteuses de beurre pour les épinards.

Cet état de choses ne résulte pas d’un penchant vertueux propre à cette catégorie de personnes, loin s’en faut ; mais il découle du fait qu’ils sont exposés, à titre principal, aux jugements des « faiseurs de rois » qui murmurent à l’oreille du Chef de l’État (murmures qui deviennent cacophonie à l’approche des remaniements ministériels, de la constitution de la liste des candidats à la députation, etc).

D’un autre côté, puisqu’ils sont directement soumis à la sanction de Jupiter et des autres dieux de l’Olympe, laquelle peut-être administrée par la voie de foudres ou par des moyens plus « policés » pour les « ciyaal al xaafa » (les enfants de la maison), la classe politique se charge volontiers de la récitation de discours qui alternent l’apaisement, les lendemains qui chantent et les engueulades à l’adresse des populations, un mal nécessaire qu’il faut supporter.

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Alpha Lassini

Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)