Le coup de force est un moyen d’appropriation du pouvoir politique par les armes. L’efficacité militaire, supposée ou réelle, complétée d’audace et de fougue est seule en action. Et même si des proclamations sont lues, elles ne viennent ni pour persuader, ni pour exhorter ; mais pour annoncer et menacer ;
Les faits sont clairs : un grand désordre a cours sous la houlette de dirigeants politiques élus ou précédemment imposés, sous le regard complaisant de la population globalement irresponsable. Des patriotes en coque vide endossent des vêtements nationaux pour faire halte à l’incurie. Quoi de plus juste.
En effet, dans un univers où à peu près tout va mal, et où quasiment rien de bien ne se construit, toute tentative d’interruption de l’ordre courant a des apparences salutaires tous les acteurs d’un quelconque changement ont des allures de héros. Même si le propre des illusions est de s’évanouir l’instant d’après.
L’armée et les forces de sécurité, de tous les temps, sont des structures sociales les plus performantes. Elles sont, avec la religion, premières ex æquo en matière d’efficacité embrigadantes des peuples. L’armée et les forces de sécurité en cette matière opèrent par leur structuration interne génératrice de terreurs objectives. Quand bien même se désagrègeraient elles, l’armée et les forces de sécurité seraient les toutes dernières organisations à tomber en déliquescence. Il ne peut du reste en être autrement. Leurs moindres gestes sont amples et lourds de conséquences. Elles savent préserver leurs forces et jouissent, de capacités de ménagement poussées. Même leur désagrégation finale est comparable à celle de l’atome.
Elles émettent une formidable force de feu. Elles sont une mine d’énergie brutale, ainsi que chacun le sait. Quant aux membres qui les composent, on en a toujours fait des machines à obéir. Ils sont les mêmes depuis le temps des pharaons jusqu’à nos jours.
Pour revenir aux chefs de nos armées et forces de sécurité, sous l’angle de leurs intempestives incursions dans la vie publique, ne nous perdons pas en discours vitriolés sur les cas extrêmes d’inculture et de cruauté outrancières, de vol à main armée, car c’est bien ce qu’ils font. Ils sont si laids en leur action et en leur substance, qu’aucune peinture ne peut davantage les défigurer. Ils vous braquent un peuple entier de longues années durant et vous le dépouillent jusqu’au linceul, toujours avec la complicité de nos très chères grandes nations soi-disant qui, naguère nous avaient exportée la civilisation ; cette même civilisation qu’il est impératif de sauver présentement des hordes de barbares religieux fondamentalistes. Nous en reparlerons plus amplement.
Examinons plutôt les circonstances où les chefs militaires et sécuritaires, de même niveau de conscience que leurs homologues civils, accèdent au pouvoir suprême de l’État par la force des armes. D’emblée, le décor est planté et les règles du jeu connues de tous. Ce n’est pas que : qui tue par l’épée périra par l’épée, mais les même règles qui ont prévalu à la conquête du pouvoir prévaudront à sa conservation et aussi à sa passation d’une main à une autre, à son arrachage devrions-nous dire en cette occurrence. Cet état de chose n’a pas cours seulement cours dans la conscience des seuls acteurs politiques. Il a aussi cours dans celle des citoyens en général. Et c’est là que réside le drame. Le fait même que le pouvoir politique ait pu être conquis par la force des armes, et se doit d’être, pour cette même cause, conservé et transmis par des moyens similaires, entraîne des conséquences majeures.
Premièrement, c’est une incommensurable quantité d’énergie qui est dissipée, aux seules fins de conserver par les armes un pouvoir, lui-même acquis par les armes. Cet état de fait épuise grandement les acteurs en place, et les détournent des réflexions et actions devant concourir aux avancées communautaires, au cas où ils en auraient quelques intentions. Mais un fait est indéniable : il faut faire le guet contre la prochaine intrusion. Puisque ni les antécédents, ni même le fondement de l’ordre courant, ne sont contraires à la pratique de telles razzias. Dans les faits, il s’agit d’entreprises aussi diverses que les gardes spéciales, les polices politiques, les milices ethniques-tribales-régionales, toutes évoluant dans leurs multiples fonctions de filatures, de harcèlements, de privations de liberté et même de génocides. En confisquant pour leurs seuls services les moyens de communication, elles maintiennent le peuple sous un feu nourri de mensonges et de désinformation insoutenables. Et il se trouve toujours des professionnels médiocres et des intellectuels en fer blanc, dont la cervelle a roulé dans le ventre, pour se mettre aux ordres.
Deuxièmement, toute cette machine de brutalité va être huilée de fonds importants. Et comme il s’agit en l’occurrence d’entreprises obscures, elles ne peuvent s’accommoder que de fonds tout aussi obscurs. Et il faut que ces derniers soient levés par les chefs de gangs aux plus hauts niveaux. Ainsi, le risque de généralisation de la corruption au sein de la classe dirigeante est complet. C’est vrai, qu’on a pu observer des cas rarissimes, où le monarque, chef de la République, a réussi le tour de force exceptionnel consistant à conserver pour lui tout seul, un petit carré de voleurs agréés, le monopole sur le pillage des biens publics. Mais cet état de chose n’est pas le plus courant. Et cela ne peut se faire qu’au prix d’une violence répressive des plus inouïes.
Troisièmement, la gloutonnerie par laquelle la horde des politiciens et autres satrapes vont dilapider et piller le bien public ne connaît pas de bornes. Ceci résulte du fait que ces pirates de la terre ferme, embusqués dans nos ministères, administrations centrales ou décentralisées, sociétés nationales et bien entendu, au sein des sacro-saints “secteur privé” et “société civile”, demeurent dans l’ignorance totale de quand pourrait subvenir la fin du banquet de la honte, puisqu’il n’y a ni mandat ni terme connu. Le pouvoir politique acquis par la force des armes et/ou conserver par la force des baïonnettes est de la même nature que celui exercé par un chef de gang quelconque. Il n’y a pas entre les deux une différence de nature, mais de simple dimension, de champ d’action. Et des pays entiers sont restés sous ce régime de braquage prolongé. D’autres y demeurent encore, malheureusement.
