Au cœur de la République de Djibouti, se trouve une aspiration profonde à concilier les principes fondateurs de la république avec les réalités socioculturelles et politiques d’une nation diverse et stratifiée. Dans un contexte où la fraternité doit transcender les clivages ethniques et les disparités économiques, Djibouti s’efforce de forger une identité nationale qui respecte l’essence de son pluralisme tout en aspirant à l’universalité des valeurs républicaines. La fraternité, bien loin d’être un simple slogan ou un mythe lointain, est appelée à se manifester dans les politiques publiques, les initiatives de développement et les interactions quotidiennes entre les citoyens. Cependant, la réalité djiboutienne d’aujourd’hui révèle que la route vers cet idéal est jonchée de défis considérables. Entre les aspirations à une gouvernance inclusive et les pratiques qui tendent parfois à privilégier certaines factions, il est impératif de réfléchir à la manière dont la république peut réellement incarner et promouvoir une fraternité authentique, qui ne soit ni réduite à une rhétorique politique, ni idéalisée au point de négliger les dynamiques complexes à l’œuvre au sein de la société djiboutienne. Ainsi, dans le Djibouti d’aujourd’hui, la recherche d’un équilibre entre l’idéal républicain et la fraternité tangible est plus qu’une simple ligne directrice; c’est un impératif pour l’harmonie sociale et le progrès collectif.
Dans un monde en constante évolution, où les valeurs républicaines et la réalité socioculturelle et politique se côtoient, il est primordial de maintenir un équilibre délicat pour favoriser l’harmonie sociale et le progrès collectif. Cet équilibre, souvent précaire, nécessite une réflexion approfondie et une adaptation continue aux dynamiques changeantes de la société.
Au cœur de la République de Djibouti, la transformation de la devise nationale pour inclure la paix comme pilier central témoigne d’une volonté forte de rompre avec un héritage colonial pesant et d’édifier une société nouvelle, où la solidarité et l’harmonie ne sont pas de vains mots, mais des principes actifs qui guident l’action gouvernementale et le vécu quotidien des citoyens. Cette première partie souligne l’importance de réinterpréter les symboles nationaux pour refléter les aspirations contemporaines tout en consolidant une identité collective propice à la paix sociale.
En parallèle, la modernisation de Djibouti s’accompagne d’un défi de taille : celui de ne pas reléguer au second plan les traditions et les modes de vie des communautés pastorales qui constituent le tissu originel de la nation. La deuxième partie de notre réflexion porte sur la nécessité d’adopter une approche plus participative dans la planification du développement. Il s’agit de veiller à ce que chaque avancée technologique ou infrastructurelle s’inscrive dans une perspective de progrès inclusif et durable, respectueuse des pratiques ancestrales et des équilibres écologiques.
Enfin, la publicisation des idées et des mœurs à travers les médias et l’éducation peut être un vecteur puissant d’émancipation individuelle. Toutefois, cette troisième partie met en garde contre une rupture trop abrupte avec les structures communautaires traditionnelles. Il est crucial de trouver un équilibre entre la valorisation de l’individu, avec ses droits et ses libertés, et le maintien des liens communautaires, qui offrent un réseau de soutien essentiel et contribuent à la résilience de la société. Cet équilibre est le gage d’une société où l’individu peut s’épanouir sans pour autant se sentir aliéné de la communauté qui l’a vu naître et grandir.
Première partie: La Devise de la République de Djibouti: Un Reflet des Aspirations Nationales dans un Contexte Post-Colonial
Introduction
Le 27 juin 1977, un événement marquant a transformé le paysage politique de la Corne de l’Afrique: la jeune République de Djibouti proclamait son indépendance. Dans le sillage de cette émancipation, les dirigeants de la nouvelle nation ont pris une décision symbolique forte: celle de changer la devise nationale héritée de la France, « UNITE – EGALITE – FRATERNITE », pour « UNITÉ – EGALITÉ – PAIX ». Cette modification, loin d’être anodine, est lourde de sens et de conséquences pour la construction d’une société post-coloniale. Elle invite à une réflexion sur la manière dont les sociétés, longtemps soumises à la logique coloniale du « diviser pour mieux régner », peuvent se réinventer et s’unir autour de valeurs fédératrices et pacifiques.
La Devise Nationale comme Fondement de l’Identité Républicaine
Une devise nationale est bien plus qu’une simple phrase; elle incarne les principes fondamentaux et les valeurs sur lesquelles une nation est bâtie. En remplaçant « fraternité » par « paix », les responsables de Djibouti ont affirmé leur volonté de rompre avec l’héritage colonial, marqué par la division et le conflit, pour ériger la paix en pierre angulaire de la République. Cette substitution révèle une conscience aiguë des défis auxquels est confrontée la nation: la nécessité de surmonter les clivages ethniques et tribaux exacerbés par la colonisation et de promouvoir une unité qui transcende les différences.
L’Héritage du « Diviser pour Mieux Régner »
La politique coloniale du « diviser pour mieux régner » a laissé des séquelles profondes dans les structures sociales et politiques de nombreux pays africains. En créant ou en exacerbant des divisions ethniques et régionales, les puissances coloniales ont affaibli la cohésion sociale et semé les graines de conflits futurs. Djibouti, à l’instar de ses voisins, n’a pas été épargné par cette stratégie. La transition vers l’indépendance et la construction d’une identité nationale unifiée ont donc nécessité une rupture délibérée avec ces pratiques délétères.
L’Accentuation des Clivages par les Pouvoirs Nationaux
Malheureusement, l’histoire post-coloniale de nombreux États africains témoigne de la persistance, voire de l’aggravation, des clivages hérités de la période coloniale. Les dirigeants post-indépendance ont souvent été tentés de recourir aux mêmes tactiques pour asseoir leur pouvoir, exacerbant les tensions communautaires au lieu de les apaiser. Cependant, le choix de Djibouti de mettre en avant la paix dans sa devise nationale peut être interprété comme une volonté explicite de rompre avec cette dynamique et de s’engager sur la voie de la réconciliation et de l’harmonie nationale.
La Paix comme Prérequis au Développement
La paix est un prérequis essentiel au développement économique, social et culturel. En l’inscrivant dans sa devise, Djibouti reconnaît que sans paix, les efforts de développement sont vains. Cette orientation vers la paix suggère une volonté de consolider les institutions démocratiques, de promouvoir la justice sociale et de créer un environnement propice à l’investissement et à la prospérité. Il s’agit d’une reconnaissance que l’unité et l’égalité ne peuvent être pleinement réalisées que dans un contexte de paix durable.
Ainsi, le changement de devise de la République de Djibouti lors de son accession à l’indépendance est révélateur des aspirations d’une nation en quête d’identité et de cohésion. En choisissant « UNITE – EGALITÉ – PAIX » comme nouveaux piliers, Djibouti a exprimé son désir de se défaire de l’héritage colonial et de bâtir une société fondée sur la solidarité et l’harmonie. Cette décision illustre la conscience que pour avancer, il est impératif de transcender les divisions du passé et d’embrasser une vision inclusive et pacifique de l’avenir. La devise nationale de Djibouti est ainsi devenue un symbole de son engagement envers la construction d’un avenir meilleur pour tous ses citoyens, un avenir où la paix est la pierre angulaire du progrès national.
Deuxième partie: Fraternité et Solidarité en Question: L’Expropriation des Terres Pastorales à Djibouti
La République de Djibouti est un État qui s’est constitué sur les cendres de l’ancien territoire français des Afars et des Issas. Depuis son indépendance en 1977, le pays a entrepris un processus de modernisation accéléré, cherchant à tirer parti de sa position stratégique pour devenir un hub commercial et logistique de premier plan. Cependant, ce développement rapide, souvent piloté par des impératifs de modernité, soulève des questions éthiques et sociales importantes, en particulier lorsqu’il s’agit de l’expropriation des terres de pâturage des communautés pastorales ancestrales.
Développement
Les communautés pastorales de Djibouti, vivant dans des régions souvent arides et semi-arides, ont depuis longtemps établi un mode de vie en harmonie avec leur environnement. Leur système de pâturage est le résultat d’une adaptation séculaire aux conditions climatiques et géographiques difficiles de la région. Ces communautés, organisées selon des structures sociales et économiques traditionnelles, ont survécu grâce à une connaissance approfondie du territoire et à une gestion collective des ressources.
L’État djiboutien, dans sa quête de modernisation, a entrepris la construction de logements et d’infrastructures portuaires, souvent conçus par des entreprises étrangères ou des technocrates qui ne tiennent pas compte de l’histoire locale et des spécificités de la vie en communauté dans une société pastorale. Cette modernisation, qui s’inscrit dans une logique de développement économique, se traduit par des schémas directeurs qui ne reconnaissent pas toujours la valeur des systèmes traditionnels de gestion des terres et des ressources.
L’expropriation des terres pastorales, justifiée par l’État comme une nécessité pour le développement national, est un processus qui bouleverse l’équilibre socioculturel et économique de ces communautés. Non seulement elle déracine des populations de leur habitat ancestral, mais elle menace également leur mode de vie et leurs moyens de subsistance. Les compensations offertes, lorsqu’elles existent, sont rarement à la hauteur des pertes subies, tant sur le plan matériel que sur le plan immatériel.
La question qui se pose alors est la suivante : l’État djiboutien, en poursuivant sa politique d’expropriation au nom de la modernité, a-t-il réellement pris en compte les principes de fraternité et de solidarité qui devraient être au cœur de toute action gouvernementale ? La fraternité implique une reconnaissance de l’interdépendance entre tous les membres de la société, tandis que la solidarité exige un engagement à soutenir les plus vulnérables et à œuvrer pour le bien commun.
Pour que le développement de Djibouti soit véritablement inclusif et durable, il est impératif de réconcilier les impératifs de la modernité avec le respect des traditions et des modes de vie des communautés pastorales. Cela nécessite une approche plus participative dans la planification du développement, où les communautés affectées sont impliquées dans la prise de décision et où leur savoir traditionnel est intégré et valorisé.
L’État djiboutien est à un carrefour où il doit réévaluer ses politiques d’expropriation et d’aménagement du territoire pour s’assurer qu’elles sont alignées avec les valeurs de fraternité et de solidarité. En reconnaissant et en préservant l’identité culturelle et le mode de vie des communautés pastorales, l’État ne fera pas que respecter les droits de ses citoyens, mais il contribuera aussi à la construction d’une société plus juste et plus cohésive, où le progrès économique va de pair avec le progrès social.
Troisième partie; République et Fraternité à Djibouti : Une Émancipation Politique à Travers la Publicisation des Idées
La République de Djibouti, située à la jonction de l’Afrique et de la péninsule Arabique, offre un prisme à travers lequel on observe l’impact de la modernité sur une société traditionnelle. Cet essai se propose d’explorer la manière dont les concepts de fraternité et de citoyenneté, tels que conceptualisés par les théoriciens de la modernité européenne, peuvent s’adapter et se transformer dans le contexte djiboutien. Nous examinerons comment la publicisation des idées et des mœurs peut constituer une forme de « politisation de l’existence » et favoriser une émancipation des individus vis-à-vis des communautés traditionnelles.
La Modernité et la Transformation des Communautés Traditionnelles
La modernité, avec ses révolutions industrielles et ses bouleversements sociopolitiques, a radicalement transformé les sociétés européennes, passant de communautés basées sur la solidarité mécanique à des sociétés nationales fondées sur l’individu. Ces changements suggèrent une transition vers une solidarité organique où les individus, tout en étant distincts, sont interdépendants au sein d’un système plus large. À Djibouti, l’impact de la modernité n’est pas identique à celui de l’Europe, mais il y a des parallèles dans la manière dont l’individualisation et la rationalisation se manifestent et remodèlent les structures sociales.
La Politisation de l’Existence à Djibouti
À Djibouti, la publicisation des idées peut être vue comme un moyen d’émancipation des individus. La politisation de l’existence implique que les citoyens djiboutiens, à travers l’expression publique et le débat, peuvent se dégager des contraintes des communautés traditionnelles et participer activement à la vie politique. Cette transformation est d’autant plus significative dans une société où les liens tribaux et familiaux jouent un rôle prépondérant.
La Citoyenneté Comme Comportement Régulateur
Dans le contexte djiboutien, la citoyenneté peut être envisagée comme un comportement régulateur, fournissant des normes pour les autres comportements humains. En effet, l’adoption de la citoyenneté comme principe directeur pourrait aider à harmoniser les diverses pratiques et traditions avec les exigences d’un État-nation moderne. Cela implique une réinterprétation de la fraternité, non plus seulement comme un lien familial ou communautaire, mais comme un principe politique capable de ré-émotionaliser les relations politiques.
La Fraternité Politique et la Ré-émotionalisation des Relations
La notion de fraternité politique à Djibouti pourrait être envisagée comme un moyen de réintroduire de l’émotion et de la solidarité dans les relations politiques, souvent perçues comme sécularisées et désenchantées. Cette ré-émotionalisation pourrait être un vecteur puissant d’engagement civique et de cohésion nationale, en particulier dans une société diverse où les tensions entre les différents groupes peuvent être exacerbées par les changements rapides.
Conclusion
L’adaptation de la théorie politique moderne au contexte djiboutien soulève des questions importantes sur la manière dont les concepts de citoyenneté et de fraternité peuvent être réinterprétés pour renforcer l’unité nationale tout en respectant la diversité des traditions. La publicisation des idées et des mœurs, en tant que moyen d’émancipation, doit être abordée avec prudence pour assurer que le processus d’individualisation ne déstabilise pas l’équilibre social, mais plutôt qu’il contribue à une société djiboutienne plus résiliente et inclusive. La politique à Djibouti, comme ailleurs, doit donc trouver le juste équilibre entre la valorisation de l’individu et le maintien des liens communautaires, pour naviguer avec succès dans les eaux de la modernité.
