L’entrepreneuriat, qui a longtemps été le domaine réservé des adultes cherchant à créer ou à reprendre une entreprise, est désormais un concept qui s’infiltre dans le système éducatif à travers le monde. Au Québec, cette intégration a été formalisée par le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ), qui a inscrit l’entrepreneuriat dans le curriculum scolaire, faisant écho aux tendances internationales et aux recommandations d’organisations telles que la Commission européenne et l’OCDE.
L’idée de former les jeunes à l’entrepreneuriat dès leur plus jeune âge soulève des questions fondamentales. Quelle forme d’entrepreneuriat est appropriée pour les enfants et les adolescents ? Comment les éducateurs peuvent-ils inculquer les compétences et les valeurs entrepreneuriales sans précipiter les jeunes dans un monde adulte complexe et souvent impitoyable ? Ces questions sont au cœur des débats sur la légitimité et l’efficacité de l’éducation entrepreneuriale en milieu scolaire.
La réforme pédagogique au Québec a été un moment décisif dans l’intégration de l’entrepreneuriat dans l’éducation. Le PFEQ a adopté une approche socioconstructiviste, qui met l’accent sur le développement de compétences transversales chez les élèves. L’entrepreneuriat, en tant que domaine général de formation (DGF), a été positionné aux côtés d’autres problématiques contemporaines, telles que le bien-être ou la citoyenneté, suggérant ainsi son importance dans la préparation des élèves à la vie adulte.
Cependant, l’absence d’évaluation spécifique pour le DGF « Orientation et entrepreneuriat » soulève la question de la mesure de son impact. Si les intentions éducatives sont clairement orientées vers l’autoréalisation et l’insertion sociale, comment peut-on s’assurer que les élèves acquièrent réellement les compétences et les attitudes nécessaires pour entreprendre ?
Pour répondre à ces interrogations, il est utile de se référer aux travaux de recherche dans le champ de l’éducation entrepreneuriale. Allan Gibb, par exemple, identifie trois finalités éducatives en entrepreneuriat : la connaissance du phénomène entrepreneurial, le développement de compétences spécifiques à la création et la gestion d’entreprises, et le développement de caractéristiques personnelles favorables à l’entrepreneuriat.
Dans le contexte québécois, il semble que l’accent soit mis davantage sur la troisième finalité, celle du développement des caractéristiques personnelles. Cela est cohérent avec une vision de l’éducation qui cherche à former non seulement de futurs entrepreneurs, mais aussi des individus capables d’initiative, de créativité et d’autonomie dans divers aspects de leur vie.
La légitimation de l’entrepreneuriat en milieu scolaire va au-delà de la simple préparation à la carrière entrepreneuriale. Elle implique une vision élargie de l’éducation, où l’entrepreneuriat est considéré comme un moyen de développement personnel et social. Cette approche est en harmonie avec les tendances actuelles qui valorisent l’innovation, la flexibilité et l’esprit d’initiative dans un monde en mutation rapide.
Aussi, l’intégration de l’entrepreneuriat dans le système éducatif québécois, et par extension dans les systèmes éducatifs internationaux, est un phénomène complexe qui reflète les valeurs de la société contemporaine. Il est essentiel que cette intégration soit accompagnée d’une réflexion approfondie sur les objectifs et les méthodes pédagogiques afin de s’assurer que les jeunes soient préparés de manière équilibrée et réfléchie à la réalité entrepreneuriale, tout en développant leur potentiel individuel et leur capacité à contribuer de manière positive à la société.
Introduction
À Djibouti, le taux de chômage élevé chez les jeunes est une préoccupation majeure, qui appelle des solutions innovantes et efficaces. Dans cette quête, l’entrepreneuriat émerge comme une stratégie prometteuse, capable d’insuffler un nouvel élan à l’éducation et à l’insertion professionnelle. Inspiré par le modèle québécois, cet article explore comment l’intégration de l’entrepreneuriat dans le système éducatif djiboutien pourrait être un levier stratégique pour relever ces défis.
L’entrepreneuriat éducatif au Québec: Un exemple à suivre
Au Québec, l’entrepreneuriat fait partie intégrante du curriculum scolaire depuis 2001, marquant une étape décisive dans la reconnaissance de son rôle dans le développement des compétences des élèves. Cette initiative a ouvert la voie à des méthodes pédagogiques novatrices, où les jeunes s’impliquent dans des projets entrepreneuriaux dès leur plus jeune âge. L’approche multidisciplinaire favorise la continuité éducative et prépare les élèves à la complexité du marché du travail.
L’apprentissage par l’action
L’entrepreneuriat est considéré non seulement comme une carrière potentielle mais aussi comme un moyen d’apprentissage dynamique. Il encourage la créativité, l’esprit critique et le développement de compétences transversales par la pratique. Les projets entrepreneuriaux sont des vecteurs d’acquisition de connaissances pratiques et théoriques et préparent les jeunes à leur future vie professionnelle.
Adapter le modèle québécois à Djibouti
La transposition du modèle québécois au contexte djiboutien pourrait apporter des bénéfices significatifs :
1. Cultiver l’esprit d’entreprise
Introduire l’entrepreneuriat dans les programmes éducatifs djiboutiens dès le plus jeune âge pourrait instaurer une culture entrepreneuriale forte. Cela participerait à remodeler les perceptions, valorisant l’initiative individuelle et la création d’entreprises comme des choix de carrière légitimes et désirables.
2. Compétences pour le marché du travail
L’éducation entrepreneuriale peut doter les jeunes Djiboutiens de compétences transversales telles que la résolution de problèmes, la gestion de projet, ou encore la communication efficace. Ces compétences sont cruciales pour augmenter leur employabilité.
3. Autonomie et engagement social
Les projets entrepreneuriaux encouragent les élèves à être autonomes et socialement engagés. Ils apprennent à concrétiser leurs idées, à prendre des initiatives et à endosser la responsabilité de leurs actions. Cela renforce également leur sentiment d’appartenance et leur désir de contribuer positivement à la société.
Conclusion
En s’inspirant du modèle québécois, Djibouti a l’opportunité d’innover dans son approche éducative pour combattre le chômage des jeunes. En adaptant ce modèle à ses spécificités, le pays pourrait non seulement améliorer l’employabilité des jeunes mais aussi stimuler la croissance économique et l’innovation. Il est essentiel que les décideurs reconnaissent l’importance de l’entrepreneuriat dans l’éducation et s’engagent avec détermination sur cette voie pour forger un avenir prometteur pour la jeunesse djiboutienne.
La mise en œuvre de ces changements demandera du courage, de la vision et une collaboration étroite entre les éducateurs, les entrepreneurs et les responsables politiques. Mais le potentiel pour transformer positivement la vie des jeunes Djiboutiens et, par extension, l’économie du pays, en vaut assurément la peine.
