Solidarité et Insécurité Humaines: Les Paradoxes de la Solidarité à travers l’œuvre de Moussa Konaté


Dans le panorama littéraire et intellectuel africain, la question de la solidarité, telle qu’elle est envisagée par des auteurs comme Moussa Konaté, présente un terrain fertile pour explorer les complexités qui caractérisent les interactions humaines au sein des sociétés africaines. L’exemple littéraire invoqué par Mariama Bâ, illustrant le rassemblement des forces autour des veuves pour leur permettre de faire le deuil et de continuer à vivre sereinement, sert de prélude à une discussion plus large sur la nature paradoxale de la solidarité. Ce concept, bien qu’ancré dans les traditions africaines comme le montre Konaté dans son ouvrage *L’Afrique noire est-elle maudite ?*soulève des questions pertinentes sur la liberté individuelle et les responsabilités collectives.

Konaté, en repoussant les thèses afro-pessimistes et en critiquant les discours hégéliens qui ont longtemps marginalisé l’Afrique et ses peuples de l’histoire universelle, cherche à réhabiliter une image de l’Afrique fondée sur la solidarité. Cependant, il reconnaît que cette solidarité, bien qu’essentielle pour la survie collective et l’harmonie sociale, peut parfois se transformer en une chaîne qui restreint la liberté de l’individu. La solidarité, vue comme une dette et une dépendance intergénérationnelles, oblige les membres les plus jeunes de la société à prendre soin des aînés, incarnant ainsi un principe fondamental des cultures africaines. Ce principe reflète une forme de respect et de reconnaissance des contributions des anciens à la société, mais il soulève également des questions sur la mesure dans laquelle les individus peuvent poursuivre des aspirations personnelles qui divergent des attentes collectives.

Le « pacte originel » dont parle Konaté, transmis oralement à travers les générations, établit un cadre moral et éthique qui guide le comportement individuel et collectif. Cette transmission de valeurs, tout en préservant l’harmonie et la cohésion sociale, peut aussi être perçue comme une limitation à l’expression individuelle et à l’innovation. La peur de la malédiction, qui pèse non seulement sur l’individu fautif mais aussi sur sa famille, illustre la manière dont la solidarité peut se transformer en une source d’insécurité et d’anxiété pour ceux qui désirent s’écarter des normes établies.

La critique de Konaté envers les discours afro-pessimistes et hégéliens ne se limite pas à une défense de l’Afrique contre des représentations négatives; elle vise également à mettre en lumière les défis internes aux sociétés africaines. En confrontant la tradition à la modernité, Konaté soulève la question de savoir comment les sociétés africaines peuvent naviguer entre le respect des traditions et l’adoption de valeurs qui favorisent l’autonomie individuelle et le progrès social. La « tactique du hérisson », évoquée par Konaté, symbolise peut-être cette tentative de se protéger contre des influences extérieures perçues comme menaçantes, tout en cherchant à préserver l’essence de l’identité culturelle africaine.

En conclusion, l’œuvre de Moussa Konaté offre une réflexion profonde sur les paradoxes de la solidarité dans les sociétés africaines contemporaines. Elle invite à une réévaluation des notions de liberté individuelle et de responsabilité collective, dans un contexte où les deux peuvent sembler en opposition mais sont en réalité profondément interconnectées. La solidarité, en tant que valeur centrale des cultures africaines, représente à la fois une force unificatrice et une source potentielle de tension, reflétant les défis auxquels sont confrontées les sociétés africaines dans leur quête d’équilibre entre tradition et modernité.

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Alpha Lassini

Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)