Introduction
La théorie de la justice du philosophe américain John Rawls est l’une des contributions majeures à la philosophie politique du 20e siècle. Élaborée dans son ouvrage de référence Théorie de la justice (1971), elle propose une conception de la justice sociale et politique fondée sur des principes éthiques universels.
La théorie rawlsienne présente des similarités frappantes avec la devise républicaine française « Liberté, Égalité, Fraternité ». Elle cherche en effet à articuler les valeurs fondamentales de liberté, d’égalité des chances et de solidarité entre les membres d’une société démocratique.
1. La position originelle et le voile d’ignorance
La position originelle (Original Position) et le voile d’ignorance (Veil of Ignorance) sont des concepts introduits par le philosophe américain John Rawls dans son ouvrage Théorie de la justice (A Theory of Justice) publié en 1971. Ces concepts forment le cœur de la théorie de la justice de Rawls et sont utilisés pour déterminer les principes de justice les plus équitables pour structurer une société.
1.1 La Position Originelle
La position originelle est une situation hypothétique conçue pour permettre une réflexion impartiale sur les principes de justice. Dans cette situation, les individus choisissent les principes de base qui régiront leur société, mais ils le font derrière un « voile d’ignorance ».
1.2. Le Voile d’Ignorance
Le voile d’ignorance est un outil de pensée qui garantit l’impartialité des individus en les privant de toute connaissance spécifique sur eux-mêmes. Cela signifie qu’ils ne connaissent ni leur position sociale, ni leur niveau de richesse, ni leurs talents ou incapacités, ni même leurs valeurs ou leur conception du bien. L’idée est que, sans cette connaissance, les individus choisiront des principes de justice qui sont justes et équitables pour tous, car ils ne savent pas quelle position ils occuperont dans la société.
1.3. Objectifs
L’objectif de la position originelle et du voile d’ignorance est de déterminer des principes de justice qui soient justes pour tous, sans être influencés par les intérêts personnels. Rawls avance que, dans cette situation, les individus choisiraient deux principes fondamentaux de justice :
1.3.1. Le Principe d’Égalité des Libertés de Base :
Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base compatible avec un système similaire de liberté pour les autres.
1.3.2. Le Principe de Différence :
Les inégalités sociales et économiques doivent être arrangées de manière à ce qu’elles soient à la fois
(a) au plus grand bénéfice des moins avantagés, conformément au principe de maximin, et
(b) attachées à des positions et des charges accessibles à tous sous conditions d’équité des chances.
Ces principes visent à garantir une société où la liberté est maximisée et où les inégalités sont seulement acceptables si elles bénéficient à tous, en particulier aux moins avantagés.
2. Les deux principes de justice.
John Rawls définit les principes de justice dans le cadre de sa théorie de la justice, telle qu’elle est exposée dans son ouvrage Théorie de la justice (A Theory of Justice, 1971). Rawls propose une conception de la justice comme équité, articulée autour de deux principes principaux qu’il estime être les fondements d’une société juste et bien ordonnée. Ces principes sont censés être choisis dans la position originelle, sous le voile d’ignorance, où personne ne connaît sa place dans la société, ses talents naturels, ou ses objectifs spécifiques. Voici un résumé de ces deux principes :
2.1. Le Principe d’Égalité des Libertés de Base
Ce premier principe stipule que chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base compatible avec un système similaire de liberté pour tous. Les libertés de base comprennent la liberté d’expression, le droit de vote, la liberté de conscience, et d’autres droits civils essentiels. Ce principe a la priorité sur le second, signifiant que les libertés de base ne peuvent être restreintes ou sacrifiées pour des gains économiques ou sociaux.
2.2. Le Principe de Différence
Le deuxième principe, souvent appelé principe de différence, concerne la distribution des biens sociaux et économiques (tels que le revenu, la richesse et les opportunités). Il est divisé en deux parties :
– a. L’Égalité Équitable des Opportunités :
Les chances d’accéder à des positions ou des offices doivent être ouvertes à tous, sous condition d’une égalité des chances. Cela signifie que les individus avec des talents et des volontés similaires doivent avoir des chances égales de réussite, indépendamment de leur classe sociale d’origine.
– b. Le Principe de Maximin :
Les inégalités économiques et sociales sont justifiables seulement si elles résultent en bénéfices compensatoires pour les membres les moins avantagés de la société. En d’autres termes, une inégalité est acceptable seulement si elle améliore la situation des membres les plus pauvres de la société.
Selon Rawls, ces principes de justice, s’ils étaient adoptés dans la position originelle, conduiraient à une société où les libertés fondamentales sont garanties pour tous, et où les inégalités sont arrangées de manière à bénéficier à tout le monde, en particulier aux plus désavantagés. La théorie de Rawls a eu une influence considérable dans les domaines de la philosophie politique, de l’éthique et de la théorie de la justice.
3. Quelle est l’importance du concept de maximin dans la théorie de Rawls ?
Le concept de maximin joue un rôle crucial dans la théorie de la justice de John Rawls, en particulier dans son principe de différence. Le principe de maximin est une règle de décision qui stipule que, lorsqu’on choisit parmi différentes alternatives, on devrait opter pour l’alternative dont le pire résultat possible est supérieur au pire résultat possible des autres alternatives. Dans le contexte de la théorie de la justice de Rawls, ce concept est utilisé pour justifier la manière dont les inégalités sociales et économiques doivent être arrangées afin d’être considérées comme justes
3.1. Protection des Plus Désavantagés :
En appliquant le principe de maximin, Rawls cherche à garantir que les politiques et les structures économiques d’une société bénéficient aux membres les plus désavantagés de cette société. Cela reflète sa préoccupation centrale pour l’équité et la justice envers ceux qui se trouvent dans les positions les moins favorables.
3.2. Critère pour les Inégalités Acceptables:
Le concept de maximin fournit un critère clair pour évaluer les inégalités. Selon Rawls, les inégalités ne sont justifiables que si elles profitent à tous, et en particulier si elles améliorent la situation des moins avantagés. Cela établit une norme selon laquelle les sociétés peuvent évaluer et justifier les écarts de richesse et de pouvoir.
3.3. Promotion de la Solidarité Sociale :
En insistant sur l’amélioration de la situation des plus désavantagés, le principe de maximin favorise une forme de solidarité sociale. Il encourage la conception d’une société où les intérêts de tous, et pas seulement ceux des plus privilégiés, sont pris en compte.
3.4. Choix sous le Voile d’Ignorance :
Le principe de maximin est particulièrement convaincant lorsqu’il est envisagé à partir de la position originelle, sous le voile d’ignorance. Sans savoir quelle position ils occuperont dans la société, les individus choisiraient probablement des principes qui protègent les intérêts des plus vulnérables, car chacun voudrait minimiser les risques de se retrouver dans une position désavantageuse.
3.5. Critique des Théories Utilitaristes :
Le recours au principe de maximin permet à Rawls de se distancer des théories de la justice utilitariste, qui jugent les actions bonnes ou mauvaises en fonction de leur capacité à maximiser le bonheur ou l’utilité globale. Rawls critique l’utilitarisme pour ne pas prendre suffisamment en compte la répartition de ces bénéfices, arguant que la justice exige plus que la simple maximisation du bien-être global ; elle exige une attention particulière aux conditions des plus vulnérables.
En somme, le concept de maximin est essentiel à la théorie de la justice de Rawls car il incarne son engagement envers une société plus équitable, où les inégalités sont soigneusement contrôlées et justifiées par leur capacité à améliorer la vie des individus les moins bien lotis.
4. Critiques de la théorie rawlsienne
Malgré son influence, la théorie de Rawls a fait l’objet de critiques. Certains ont remis en question le réalisme de la position originelle et du voile d’ignorance, arguant que ces concepts sont trop abstraits pour servir de fondement à une théorie de la justice. D’autres ont souligné les difficultés d’application concrète des principes rawlsiens, notamment en ce qui concerne le principe de différence, dont l’interprétation et la mise en œuvre peuvent s’avérer complexes. Enfin, des critiques ont été formulées quant à la priorité accordée aux droits et libertés fondamentaux, certains estimant que cette approche pourrait négliger des considérations d’égalité matérielle plus pressantes.
5. Conclusion
La théorie de la justice de John Rawls reste une pierre angulaire de la philosophie politique moderne. En dépit des critiques, elle offre un cadre robuste pour penser la justice sociale, en mettant l’accent sur l’équité, l’impartialité et le souci des plus défavorisés. La pertinence de la théorie rawlsienne dans le contexte contemporain est indéniable, alors que les débats sur la justice sociale, l’égalité des chances et la redistribution des ressources restent au cœur des préoccupations politiques et sociales. En écho à la devise française, la théorie de Rawls nous rappelle l’importance de concilier liberté individuelle et justice sociale, dans un esprit de fraternité et de solidarité.


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