
A Djibouti, dans les années 80, bien avant l’arrivée du GSM, il y a eu le boom des cabines téléphoniques. Tout le monde avait son combiné téléphonique et faisait payer le pauvre quidam qui ne pouvait pas se payer une ligne fixe téléphonique chez lui. Dans les années 90, avec l’arrivée d’internet, les cabines téléphoniques se sont transformées en webshop, bien avant l’arrivée des smartphones, où l’on pouvait surfer sur internet pour le plaisir ou pour le travail, tout en surveillant le compteur de sa consommation.
Depuis les années 2000, une transformation notable a commencé à s’opérer dans le paysage des TIC, avec l’émergence des espaces de coworking (EC). Initialement conçus comme des havres pour les entrepreneurs individuels et les créateurs de startups, ces espaces ont rapidement gagné en popularité, témoignant de leur résonance avec les besoins et les aspirations de l’économie numérique de la créativité. En février 2024, leur nombre atteint déjà la dizaine, répartis dans dans les différents quartiers de la ville de Djibouti. Mais comme souvent, cela n’est pas soutenu par une politique publique et constitue souvent un business, une activité commerciale banale.
Ce phénomène n’est pas exclusif à notre pays. En effet, cette expansion rapide souligne non seulement la flexibilité et l’attractivité de ces espaces mais aussi leur capacité à répondre à une demande croissante pour des lieux de travail qui favorisent la sociabilité, la collaboration et l’innovation.
Dans leurs phases initiales, les EC étaient souvent mis en place ou rénovés par des collectifs associatifs, témoignant d’une approche communautaire et collaborative. Cependant, au fil des années, le phénomène a attiré l’attention des collectivités publiques et des grandes entreprises, qui y ont vu une opportunité de stimuler le développement local et d’attirer des talents. En se faisant, le coworking s’est intégré dans des stratégies plus larges visant à promouvoir la notion de « ville créative ». Ces stratégies recherchent à créer des écosystèmes locaux propices à l’innovation, tout en contribuant à la reconversion économique et à la réhabilitation de quartiers anciennement industriels ou commerciaux. Ainsi, le coworking est devenu un élément standard de ces politiques, souvent incorporé dans des structures plus vastes telles que les incubateurs de startups.
Pourtant, l’essor des EC soulève des questions quant à leur soutenabilité à long terme. Le coworking est-il destiné à devenir un pilier permanent du marché du travail et de la géographie des espaces de travail, ou restera-t-il une niche, jouant principalement un rôle de vitrine dans les efforts de rénovation urbaine ? Cette interrogation mérite une analyse approfondie, compte tenu du brouillage des catégories sociales, économiques et technologiques que le coworking incarne.
D’une part, le coworking s’inscrit dans une tendance plus large de flexibilisation du travail, facilitée par les avancées technologiques qui permettent une ubiquité informationnelle. Cette tendance répond à un désir croissant d’autonomie, de flexibilité et de recherche de sens au travail, particulièrement prononcé chez les professionnels du secteur créatif. D’autre part, le coworking contribue à la revitalisation des espaces urbains et à la création de communautés professionnelles dynamiques, capables de générer de l’innovation et de stimuler l’économie locale.
Cependant, le succès et la pérennité des EC dépendront de leur capacité à évoluer et à s’adapter aux besoins changeants des travailleurs et des entreprises. Alors que les grandes corporations et les collectivités publiques s’engagent de plus en plus dans le développement de ces espaces, il est crucial que les principes fondamentaux du coworking, tels que la collaboration, la communauté et l’accessibilité, restent au cœur de cette évolution. De plus, il est impératif que ces espaces continuent à offrir des solutions flexibles et innovantes qui répondent non seulement aux besoins immédiats de leurs utilisateurs mais qui anticipent également les tendances futures du travail.
En conclusion, le futur des espaces de coworking dépendra de leur capacité à rester pertinents et attractifs dans un monde du travail en constante mutation. En tant que catalyseurs d’innovation et de communauté, ils ont le potentiel de jouer un rôle central dans l’économie de la créativité et dans le développement des villes créatives. Toutefois, pour que le mouvement du coworking soit durable à long terme, il doit continuer à évoluer, à innover et à s’adapter aux défis et opportunités émergents, tout en restant fidèle aux valeurs de collaboration et de communauté qui ont contribué à son succès initial.

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