ON EST MIEUX ASSIS QUE DEBOUT, MIEUX COUCHÉ QU’ASSIS, MIEUX MORT QUE COUCHÉ


Durant cette fin de mai 2024, à Djibouti, il n’y a pas eu de cette plante maudite qu’est le KHAT. Une situation qui a permis aux Djiboutiens habitués à passer 10 à 12 heures par jour, assis, à mâcher cette plante et finir par être les spectateurs et commentateurs de leurs vies, qu’elle soit politique, économique, sociale et même familiale, de méditer la parole de ma grand-mère qui me disait : “ON EST MIEUX ASSIS QUE DEBOUT, MIEUX COUCHÉ QU’ASSIS, MIEUX MORT QUE COUCHÉ”.

Le khat, une plante à la fois fascinante et destructrice, façonne le quotidien de nombreux Djiboutiens depuis des décennies. Cette plante, aux feuilles mâchées pour leurs effets stimulants, a inscrit son influence profondément dans la culture locale. Pourtant, lorsque le khat manquait, il procurait une occasion précieuse de réflexion pour ceux qui en dépendent si intensément.

Les Djiboutiens persistent dans une routine qui semble, à première vue, un simple passe-temps. Ils se retrouvent quotidiennement, le khat à la main, échangeant sur la politique, les affaires économiques, et les événements sociaux. La plante crée un lien social, un moment de communion. Mais en creusant plus profondément, nous découvrons les effets insidieux de cette dépendance : une économie en ralentissement, des familles négligées, une jeunesse désœuvrée.

Sans khat en ce jour singulier, ces individus, déstabilisés par l’absence de leur rituel quotidien, se mettent face à une réalité souvent ignorée. Le khat, au-delà de son effet stimulant, est une forme d’évasion. Lorsqu’il n’y a plus de feuille à mâcher et de distraction à rechercher, ils se retrouvent forcés de confronter cette contemplation directe de leur existence.

Cette journée sans khat devient une précieuse opportunité pour réfléchir aux paroles de sagesse transmises par les anciens. Ma grand-mère disait souvent : “ON EST MIEUX ASSIS QUE DEBOUT, MIEUX COUCHÉ QU’ASSIS, MIEUX MORT QUE COUCHÉ.” Ces mots, à première vue énigmatiques, résonnent plus profondément en cette journée de sobriété collective.

“On est mieux assis que debout” pourrait illustrer le confort de la sédentarité qui apaise les tracas physiques et mentaux. En s’asseyant, les Djiboutiens recherchent un réconfort temporaire face au tumulte de la vie quotidienne. Mais cette tranquillité cache une paralysie d’initiatives et de progrès personnels.

“Mieux couché qu’assis” signifie peut-être préférer la passivité totale, une forme ultime de fuite de la réalité. Les consommateurs de khat, après de longues heures de mastication, se retrouvent souvent dans un état de torpeur, involontairement couchés, sombrant dans une léthargie qui empêche toute action constructive.

Et enfin, “mieux mort que couché” pourrait être perçu comme une quête de l’abolition totale de la souffrance. Mourir, du moins symboliquement, permettrait d’échapper définitivement aux affres de la lutte quotidienne. Mais c’est aussi un rappel choquant que l’incapacité à se libérer de telles dépendances mène à la mort sociale et spirituelle.

En réfléchissant à ces mots en l’absence de khat, nombreux ont compris que cette plante, loin d’être un simple stimulant temporaire, est le catalyseur d’une introspection indispensable. Le khat, à force de détourner l’attention des vraies préoccupations de la vie, a souvent empêché les Djiboutiens de confronter leurs réalités et d’agir sur elles.

Ainsi, sans khat, ils peuvent commencer à réévaluer leurs vies, leur rôle dans la société et les changements nécessaires à entreprendre pour un avenir meilleur. Une prise de conscience douloureuse mais nécessaire, révélant que le premier pas vers le progrès est de se lever de cet état d’inertie confortable, de surmonter la tentation de l’oisiveté et de se battre pour un avenir plus actif et conscient.

Cette journée sans khat, même si elle était source de malaise pour certains, pourrait marquer le début d’une transformation. En se détachant des chaînes de leur habitude, les Djiboutiens pourraient trouver dans cette expérience la force de se lever, de rester debout, et de marcher vers un avenir plus prometteur, loin de la torpeur du khat.

En conclusion, ce manque temporaire de khat à Djibouti doit être vu comme une chance d’éveil et de réflexion. Les paroles de ma grand-mère, denses de sagesse, incitent à une profonde méditation sur l’état de la vie humaine. Se débarrasser de la dépendance à cette plante est un défi immense, mais c’est aussi un chemin possible vers la renaissance mentale, sociale, et économique de Djibouti.

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Alpha Lassini

Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)