La montée du populisme est souvent perçue comme un phénomène de politique intérieure, touchant principalement les pays où des partis populistes gagnent en influence ou accèdent au pouvoir. Cependant, le populisme revêt également des dimensions internationales significatives. La vague de populisme la plus récente a été alimentée par le processus de mondialisation et la profonde restructuration de l’État, de plus en plus internationalisé, qui en a découlé. Cette transformation s’est opérée autour d’élites cosmopolites et technocratiques, concevant des politiques apparemment de plus en plus éloignées des besoins et préférences des peuples. À cet égard, le populisme doit être considéré comme un produit d’évolutions internationales.
Les Origines Transnationales du Populisme
La mondialisation a transformé les structures économiques, sociales et politiques des États nations. Ce processus a engendré une internationalisation croissante des élites politiques et économiques, créant un fossé perçu entre ces dernières et les populations locales. Les décisions politiques, de plus en plus influencées par des considérations globales et des expertises technocratiques, semblent souvent déconnectées des préoccupations quotidiennes des citoyens. Cette distanciation a alimenté un sentiment de dépossession et de méfiance envers les institutions traditionnelles, créant un terreau fertile pour les mouvements populistes qui promettent de « rendre le pouvoir au peuple ».
La mondialisation a également exacerbé les inégalités économiques au sein des pays et entre eux, provoquant des tensions sociales et des anxiétés culturelles que les populistes ont su exploiter. Les flux migratoires, intensifiés par les disparités économiques et les conflits internationaux, ont été instrumentalisés par les mouvements populistes pour attiser les craintes identitaires et promouvoir des politiques nationalistes et protectionnistes. Ainsi, le populisme apparaît comme une réaction aux défis posés par la mondialisation, remettant en question l’idée d’un progrès linéaire vers un monde plus interconnecté et harmonieux.
Les Conséquences Internationales du Populisme
L’impact du populisme sur la scène internationale est considérable et multiforme. L’un de ses effets les plus visibles est la remise en question de l’ordre mondial libéral établi après la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre, fondé sur des institutions multilatérales, le libre-échange et la promotion des droits de l’homme, est perçu par les populistes comme servant les intérêts d’une élite mondialisée au détriment des populations nationales. Les mouvements populistes contestent donc la légitimité de ces institutions et cherchent à redéfinir les relations internationales sur une base plus nationaliste et transactionnelle.
Le Brexit et la Présidence de Donald Trump
Le Brexit et la présidence de Donald Trump aux États-Unis sont des exemples emblématiques de cette tendance. Le vote britannique en faveur de la sortie de l’Union européenne a représenté un coup dur pour le projet d’intégration européenne, longtemps considéré comme un modèle de coopération internationale. La présidence Trump, quant à elle, a marqué un tournant dans la politique étrangère américaine, remettant en question des alliances historiques, des accords commerciaux et des engagements environnementaux internationaux. Ces événements ont ébranlé les fondements de l’ordre mondial libéral et ouvert la voie à une reconfiguration des relations internationales.
Nouvelles Formes de Diplomatie et de Rhétorique Internationale
Le populisme a également contribué à l’émergence de nouvelles formes de diplomatie et de rhétorique internationale. Les leaders populistes privilégient souvent une communication directe et provocatrice, utilisant les médias sociaux pour contourner les canaux diplomatiques traditionnels. Cette approche a parfois conduit à des tensions diplomatiques et à une détérioration du dialogue international, compliquant la résolution des défis globaux tels que le changement climatique ou la gestion des pandémies.
Affaiblissement de la Promotion des Valeurs Démocratiques
En outre, la montée du populisme dans les démocraties occidentales a eu des répercussions sur la promotion des valeurs démocratiques à l’échelle mondiale. Les critiques internes des institutions démocratiques et la rhétorique anti-élites ont affaibli la position morale de l’Occident dans sa défense des droits de l’homme et de la démocratie à l’étranger. Cette situation a été exploitée par des régimes autoritaires pour légitimer leurs propres pratiques et remettre en question l’universalité des valeurs démocratiques.
Vers une Réforme des Structures de Gouvernance Mondiale
Cependant, il serait réducteur de ne voir dans le populisme qu’une force destructrice de l’ordre international. Ce phénomène a également mis en lumière les faiblesses et les inégalités inhérentes au système mondial actuel, ouvrant potentiellement la voie à des réformes nécessaires. La critique populiste de la mondialisation a contribué à remettre au centre du débat des questions importantes telles que la souveraineté nationale, la justice sociale et la représentation démocratique dans les instances internationales.
Conclusion
En conclusion, le populisme est un phénomène complexe aux racines et aux conséquences profondément internationales. Né en partie des défis posés par la mondialisation, il a à son tour reconfiguré le paysage politique mondial, remettant en question l’ordre libéral établi et ouvrant de nouvelles voies dans les relations internationales. Alors que le monde fait face à des défis globaux croissants, tels que le changement climatique et les inégalités économiques, la montée du populisme souligne la nécessité de repenser les structures de gouvernance mondiale pour les rendre plus inclusives et responsables envers les citoyens. L’avenir de l’ordre international dépendra de la capacité des acteurs politiques à trouver un équilibre entre les aspirations nationales et la nécessité d’une coopération globale, tout en répondant aux préoccupations légitimes qui ont alimenté la vague populiste.
