Lire, écrire et compter : les fondamentaux face aux défis environnementaux à Djibouti


Les fondamentaux de l’éducation – lire, écrire et compter – sont essentiels, mais à Djibouti, comme ailleurs, il est souvent dit qu’ils se perdent parmi nos enfants. Pourtant, les générations précédentes, qui semblaient mieux maîtriser ces compétences, ont laissé émerger des catastrophes environnementales majeures. Pensons aux sécheresses, aux plastiques se fragmentant en microplastiques, aux pesticides toxiques comme la chlordécone qui imbibent tous les fruits et légumes en provenance d’Ethiopie et qui ruinent notre santé et aux autres polluants éternels comme le Téflon. 

Les générations passées, sachant lire, écrire et compter, n’ont pas anticipé ces catastrophes modernes. Il leur manquait un fondamental : comprendre ce qu’implique d’être vivant, et comment cela doit inspirer tous nos actes. Le concept One Health et ses applications montrent que certaines gestions de l’environnement peuvent protéger les populations de certaines maladies. Par exemple, le développement d’une agriculture maraîchère nationale capable de nourrir tous les Djiboutiens avec des plantations de haies et des cultures d’espèces mélangées réduirait la propagation des maladies et donc le recours aux importations d’Ethiopie des fruits et légumes gorgés de pesticides. Enseignons-nous cela aux générations suivantes pour qu’elles évitent les conséquences de leurs actions et puisent dans le monde vivant d’autres moyens d’agir ? Non, hélas.

Jusqu’ici, en suivant aveuglement le curricula de l’Education nationale de la France, les sciences de la vie, de l’environnement et de la santé restent cantonnées à l’annonce des mauvaises nouvelles. C’est injuste : en les maîtrisant en amont, on évite certaines erreurs, même à l’échelle individuelle. Mieux formé, chaque citoyen djiboutien pourrait mieux choisir son alimentation, ses produits ménagers, la gestion de ses déchets, sa sexualité. Mieux sensibilisés dès l’enfance à ce qu’implique d’être vivant et d’avoir un environnement, nos décideurs intégreraient peut-être plus efficacement les messages venus des sciences du vivant et de l’environnement.

Ces sciences ne sont pas enseignées au primaire, sauf exception liée à tel ou tel enseignant qui crée un jardin scolaire ; elles vivotent d’une heure de SVT par semaine au collège et en seconde ; puis elles disparaissent totalement du tronc commun de première et de terminale. Est-ce assez pour tous ces jours où on ne compte pas, on ne lit pas, on n’écrit pas, mais où on respire, on mange, on vit, on consomme, on produit des déchets ? Une scolarité secondaire, qui compte 685 heures de mathématiques, ne compte que 270 heures de SVT et zéro d’heure d’éducation sexuelle. L’équilibre y est-il ? Non, c’est la recette pour perpétuer les échecs d’hier. Les mêmes causes, les mêmes effets.

À côté du savoir lire, écrire et compter, il est fondamental de savoir vivre dans un monde vivant. Mais nos enseignements, où chaque discipline lutte pour l’accès aux heures d’enseignement, tendent au statu quo. Ces lignes plaident pour enseigner plus les SVT (Sciences de la vie et de la Terre) : oui et non. Oui, pour mieux préparer et parer aux catastrophes environnementales et sanitaires actuelles. Mais aussi pour lier le vivant et l’environnement aux autres disciplines. Par exemple, notre sexualité intéresse aussi les lettres et la philosophie ; les notions de moyenne et d’écart à la moyenne, au cœur des sciences de l’environnement et de la santé, nécessitent des mathématiques. Le changement climatique ne peut être compris sans physique ni chimie. Gérer l’environnement nécessite les compétences et l’action de ceux qui maîtrisent le droit. Inversement, on ne peut comprendre la biologie sans une perspective historique des sciences, ni les débats sur la santé sans épistémologie.

Il ne s’agit pas de nier que lire, écrire et compter ont une actualité plus que pressante : mais il faut les considérer dans un cadre plus large, incluant le savoir vivre dans un monde vivant. Comprendre le vivant demande des mathématiques et peut développer l’expression écrite et orale. L’étude d’une tomate permet de rédiger pour décrire son apparence et son goût, de compter les pépins en classe pour approcher la notion de moyenne et d’écart à la moyenne, de comprendre sa fonction biologique – avant d’aborder ses rôles nutritionnels. On a naïvement hiérarchisé les savoir-faire sans tisser de liens efficaces entre eux. Ces liens donnent du sens à chaque discipline et les justifient. L’interdisciplinarité aiderait aussi les élèves à accéder aux objets du vivant par la discipline qui leur plaît plus.

Enfin, faire vivre l’interdisciplinarité demande peut-être, dans les études supérieures en biologie, de diminuer la place donnée aux matières utilisées pour la sélection : les futurs médecins et agronomes choisissent souvent des options de mathématiques ou de physique chimie en terminale, au détriment des SVT, car ce sont des matières de sélection. Diminuer le poids de matières trop représentées permettrait de faire entrer d’autres sciences (par exemple humaines) et de faire vivre plus d’interdisciplinarité dans les compétences de nos futurs médecins et ingénieurs du vivant.

Plus de sciences de la vie, de l’environnement et de la santé ; plus d’interdisciplinarité, en ces sciences comme dans tout enseignement : ce défi de l’avenir éducatif est aussi celui de la vulgarisation et de l’information scientifique. 

Je me permets en tant qu’ancien élève de “Terminale série D” (Mathématiques et SVT) et de Licence Biologie (avant de bifurquer en Droit et Sciences Economiques), de présenter “La Fédération BioGée”, qui se veut la voix des sciences du vivant et de l’environnement en France et qui incarne cette vision. BioGée réunit six académies, le Muséum national d’Histoire naturelle, une trentaine de sociétés scientifiques nationales, des consortiums d’entreprises, des associations d’enseignants et une vingtaine d’autres associations. Elle veut montrer les apports positifs des disciplines qu’elle représente dans la vie des citoyens, la formation des plus jeunes, les prises de décision et la gestion des crises qui défient la société française. Bientôt, la Société Française pour le Droit de l’Environnement va rejoindre BioGée. C’est avec insistance que je vous conseille de vous intéresser à cette association et à ses activités surtout si vous êtes enseignant.

Publié par

Avatar de Inconnu

Alpha Lassini

Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)