I. Introduction : Le théâtre de l’absurde
Ah, Djibouti ! Charmant caillou planté au bord de la mer Rouge, petit trésor stratégique où se côtoient plus de bases militaires étrangères qu’il n’y a peut-être d’écoles performantes. Oui, vous avez bien lu. Sur ce minuscule territoire, on compte les drapeaux étrangers un peu comme on collectionne des timbres : Américain, Chinois, Français, Japonais… et j’en passe. Chaque puissance y a installé sa petite enclave, son micro-royaume sécurisé derrière des murs de béton, comme si le pays n’appartenait plus vraiment à ses propres habitants.
Mais ne soyons pas trop sévères… Non, attendons un peu. Après tout, pourquoi ne pas être sévère ? C’est un cri de coeur, non ? Soyons au contraire d’une sévérité jubilatoire, d’une ironie mordante. Soyons même carrément injustes, tant qu’à faire. L’idée n’est pas de présenter Djibouti comme un havre de démocratie ou comme une dictature monolithique parfaite. Non, l’idée est de pointer du doigt les contradictions et les paradoxes qui émaillent la vie quotidienne de cette terre sous tutelle officieuse d’intérêts étrangers.
Djibouti, c’est un pays dont le gouvernement est régulièrement qualifié de « fantoche » ou de « marionnette » par ses détracteurs. Mais, très honnêtement, peut-on réellement leur donner tort ? On croirait assister à un grand théâtre de Guignol où l’ensemble des politiques locales suit un scénario écrit dans les chancelleries étrangères. Le président en place – quel qu’il soit – n’a d’autre choix que de composer avec ces puissances avides de conserver leurs bases militaires, et d’assurer que le pays reste « stable »… c’est-à-dire parfaitement immobile, figé, contraint.
Et le peuple dans tout ça ? Le peuple djiboutien, celui qu’on fantasme parfois comme fier, rebelle, attaché à sa dignité, est censé être le souverain légitime. Seulement, la souveraineté du peuple, à Djibouti comme ailleurs, se heurte souvent au principe de réalité. Et la réalité, c’est la présence envahissante de ces bases, la réalité, c’est l’entrecroisement d’intérêts diplomatiques, économiques, militaires, qui laissent peu de marge de manœuvre à la volonté populaire.
D’aucuns diront que la population ne fait pas grand-chose pour s’y opposer. Certains se plairont à pointer du doigt une forme de passivité endémique, un fatalisme quasi-génétique. D’autres, plus nuancés, argueront du fait que l’appareil répressif est tel que quiconque osera lever la voix finira très vite privé de la liberté de parole ou, pire, de liberté tout court.
Entre l’immobilisme entretenu par la peur et la résignation alimentée par la routine, on se retrouve avec un curieux équilibre : un peuple officiellement maître de son destin, mais qui se soumet aux injonctions d’un régime dont l’agenda est largement dicté par l’étranger. Voilà donc, en quelques mots, la toile de fond de ce billet.
Nous allons plonger, section après section, dans les arcanes d’une situation qui défie la logique et l’entendement. Nous allons rire – jaune – de cette comédie humaine où chacun joue son rôle, mais où personne ne croit vraiment à la pièce qui se déroule. Dans ce billet, nous fouillerons les recoins obscurs de la soumission politique, de la dépendance économique, de l’ingérence internationale et du consentement implicite d’un peuple qui, d’une certaine façon, semble avoir renoncé à l’idée même de prendre en main son destin.
Attachez vos ceintures et préparez-vous : l’ironie sera mordante, le sarcasme sera omniprésent, et la complaisance… absente. Vous voulez du vitriol ? En voilà. Reste maintenant à savoir si, au moment de refermer ce texte, vous serez pris d’un fou rire de dépit ou d’une colère froide.
II. L’immobilisme d’un peuple : entre complicité et lassitude
Commençons par l’aspect le plus intriguant : l’attitude du peuple djiboutien lui-même. Car enfin, on peut accuser l’État d’être corrompu, on peut pointer la responsabilité de la France, des États-Unis, de la Chine ou même de la Martine du coin si l’on veut, mais il faut bien un terreau pour que tout cela prospère. Et ce terreau, ce sont bel et bien les citoyens, les habitants, ceux qui vivent et respirent l’air brûlant de Djibouti au quotidien.
Comment expliquer le calme apparent, voire l’indifférence, d’une majorité de la population face à la prolifération des bases étrangères ? S’agit-il d’une sage acceptation, fruit d’une analyse lucide des réalités géopolitiques, ou plutôt d’un abandon pur et simple de l’idée même de souveraineté ? Est-ce la peur qui les paralyse, ou un cynisme calculé : « Après tout, à quoi bon résister ? »
1. Le refuge dans la survie quotidienne
La première hypothèse serait que la population djiboutienne est davantage préoccupée par la survie au jour le jour que par de grands principes d’indépendance nationale. Quand il faut trouver de l’eau, de la nourriture, un emploi, on n’a pas vraiment la tête à se demander si les Américains possèdent trois porte-avions dans la rade ou si les Chinois ont installé un port militaire flambant neuf.
Il est vrai que, dans certains quartiers, le niveau de vie reste précaire, et que les préoccupations de base priment sur les considérations géostratégiques. Dans cette optique, le peuple ne serait pas « complice » à proprement parler, mais plutôt « détourné » de l’enjeu par des soucis plus pressants. « Le ventre vide n’a pas d’oreilles », dit le proverbe. Eh bien, Djibouti l’incarnerait à la perfection.
2. La lassitude historique
Deuxième explication possible : la lassitude accumulée. Djibouti a longtemps été un territoire sous domination coloniale française, avant de conquérir son indépendance en 1977. Toutefois, cette indépendance n’a jamais vraiment rimé avec émancipation totale. Très vite, les bases françaises sont restées, et le pays est resté dépendant des « aides » et des « partenariats » internationaux. Au fil du temps, ce ballet d’influences étrangères est devenu la norme, au point où s’y opposer semble un combat perdu d’avance.
Cette lassitude historique peut s’apparenter à une forme de fatalisme : « Depuis toujours, nous sommes gouvernés par d’autres, alors pourquoi vouloir bouleverser un ordre établi dont, au fond, nous pouvons peut-être tirer quelques miettes ? » C’est cynique, mais pas nécessairement faux.
3. La complicité par intérêt
On ne peut pas exclure non plus que certains segments de la société djiboutienne en tirent avantage. Ce n’est un secret pour personne que la présence de bases étrangères génère un marché de consommation, des emplois directs ou indirects, des trafics plus ou moins avouables, et toutes sortes d’activités économiques. Les bénéficiaires de ces mannes seraient donc ravis de conserver le statu quo.
Certains Djiboutiens peuvent ainsi trouver un emploi dans la logistique, la sécurité, la restauration au service des bases militaires. D’autres peuvent entretenir des réseaux d’influence plus ou moins opaques, tirant profit de cette situation ambiguë. Dès lors, pourquoi risquer de rompre cet équilibre qui, s’il n’est pas satisfaisant, garantit au moins un certain revenu ?
4. L’arme de la répression
Enfin, il convient de rappeler que le gouvernement djiboutien n’est pas spécialement réputé pour sa tolérance envers la contestation politique. Les opposants se retrouvent régulièrement surveillés, harcelés, voire arrêtés. La crainte de représailles dissuade souvent les velléités de protestation.
Cette répression s’exerce parfois avec la complicité tacite des puissances étrangères elles-mêmes, qui préfèrent un Djibouti « stable » à un Djibouti en ébullition révolutionnaire. Tant que leurs bases ne sont pas menacées, elles ferment les yeux sur les méthodes de contrôle social du gouvernement en place.
5. Sarcasme sur la passivité
À ce stade, on pourrait s’amuser de la situation, si elle n’était pas aussi tragique. Imaginez un peuple chantant :
« Nous sommes libres, libres de laisser des étrangers occuper nos terres, libres de voter pour un président soutenu par l’étranger, libres de nous plaindre en silence, libres de survivre sans trop faire de vagues. »
Quelle magnifique liberté, n’est-ce pas ? On se croirait dans une mauvaise comédie où chacun sait que tout est faux, mais où personne n’ose briser la quatrième muraille. Alors on continue à jouer la scène, un peu comme des figurants dans un film de série B.
Et pendant ce temps, les puissances étrangères se frottent les mains. Elles disposent d’un morceau de choix, un emplacement géostratégique d’exception, pour un coût humain et politique dérisoire. Mieux encore, elles peuvent se dire qu’elles soutiennent « la stabilité de la région » et qu’elles contribuent (sans rire) au développement local, en injectant quelques fonds ici et là.
L’ironie, bien sûr, c’est que cette injection de fonds profite souvent à une élite ou à des segments bien précis, tandis que la majorité de la population peine toujours à voir de réels bénéfices. Mais nous y reviendrons plus tard.
III. Le gouvernement fantoche : chorégraphie d’une dépendance assumée
Parlons maintenant du gouvernement djiboutien. Car si le peuple est dans cette position inconfortable de soumission tacite, il faut bien des rouages institutionnels pour faire tenir toute la machinerie en place.
On traite souvent le gouvernement de Djibouti de « fantoche ». Le mot peut sembler fort, voire insultant. Mais examinons un peu l’idée : un gouvernement fantoche est un gouvernement qui, tout en donnant l’illusion de l’autonomie, exécute, en réalité, la volonté d’acteurs extérieurs.
1. L’omniprésence des soutiens étrangers
Les accords de défense, les partenariats économiques, les engagements diplomatiques… tout se fait sous la houlette des grandes puissances. Les États-Unis, la Chine, la France, sans oublier d’autres pays qui lorgnent sur le potentiel logistique du port. Chaque décision majeure que prend Djibouti doit tenir compte des desiderata de ces « partenaires ».
Et qu’arrive-t-il si les autorités locales osent s’écarter de la ligne imposée ? Les pressions se font sentir : suspension d’aides, menaces de retirer tel ou tel avantage, interventions diplomatiques musclées… Le gouvernement sait qu’il ne peut se permettre de fâcher ses précieux bailleurs de fonds et protecteurs.
2. Les élections : la pantomime démocratique
Officiellement, Djibouti est une république semi-présidentielle, avec un Parlement, des élections à intervalles réguliers, etc. Mais soyons lucides : le pouvoir y est largement concentré entre les mains d’un président et de son cercle rapproché. Les élections sont souvent contestées, avec un manque de transparence, des accusations de fraudes, et une opposition muselée.
Est-il besoin de préciser que les chancelleries étrangères n’y trouvent généralement rien à redire tant que la stabilité reste préservée ? On peut alors parler de « pantomime démocratique » : un simulacre qui donne l’apparence du pluralisme, alors que la réalité est celle d’un parti unique ou ultra-dominant, orchestrant une mise en scène politique pour la galerie.
3. La valse des contrats léonins
La principale source de revenus du gouvernement djiboutien, en dehors des maigres recettes fiscales, réside dans la location d’emplacements stratégiques. Les bases militaires étrangères paient un loyer, parfois dérisoire, pour stationner leurs troupes et leur matériel. Des contrats léonins sur le port, l’aéroport, les infrastructures ferroviaires, etc., viennent s’ajouter au tableau.
Le gouvernement se retrouve donc dans la position du loueur. Au lieu de développer une économie diversifiée, il se contente souvent d’encaisser des chèques, dans l’espoir de maintenir un semblant d’équilibre budgétaire. Naturellement, ce modèle crée une dépendance colossale : si les étrangers décidaient de lever le camp, l’économie locale chuterait comme un château de cartes.
4. L’enrichissement d’une élite
Dans ce contexte, une élite restreinte – souvent liée au pouvoir en place – profite de contrats publics juteux, de rétrocommissions, de toutes sortes de prébendes. Ce schéma rappelle, hélas, celui de nombreux pays en développement, où la rente liée aux ressources naturelles (ou géostratégiques, dans le cas de Djibouti) se concentre entre quelques mains privilégiées.
Le cynisme atteint son comble quand on réalise que cet enrichissement personnel s’effectue sous le regard complice des puissances étrangères, plus intéressées par la stabilité du régime que par la probité de ses dirigeants. Pourquoi se soucier d’un peu de corruption, tant que les intérêts stratégiques sont préservés ?
5. Sarcasme sur l’abdication du pouvoir souverain
Dans un monde idéal, on attend d’un gouvernement qu’il défende la souveraineté et l’intérêt national. Qu’il protège son peuple, préserve ses ressources, résiste à l’avidité étrangère. Mais voilà, il semblerait que le gouvernement djiboutien se soit dit :
« À quoi bon se fatiguer à défendre ce qui nous échappe déjà ? Autant profiter de la manne tant qu’elle est là, et assurer notre propre sécurité, au moins économique. »
L’ironie est que cette stratégie, bien que moralement répréhensible, a porté ses fruits pour une poignée de privilégiés, tout en laissant la majorité dans un état de dépendance et de précarité. Vous avez dit “fantoche” ? Disons plutôt “pragmatique”, d’un pragmatisme dévorant l’essence même de la souveraineté et du bien public.
IV. Les bases militaires étrangères : le bal des vautours
Passons maintenant au sujet qui fâche vraiment : la présence d’un nombre impressionnant de bases militaires étrangères sur le sol djiboutien. C’est comme si chaque puissance venait planter son drapeau, ses miradors et ses barbelés, convaincue d’avoir déniché un terrain de jeu géostratégique sans égal.
1. Le positionnement stratégique de Djibouti
Il faut reconnaître que Djibouti jouit d’un emplacement exceptionnel : au carrefour entre l’Afrique de l’Est, la péninsule Arabique et l’océan Indien, le pays contrôle l’accès à la mer Rouge et, de facto, la route maritime vers le canal de Suez. Un emplacement rêvé pour installer des navires de guerre, surveiller les mouvements de pirates au large de la Somalie, et garder un œil sur l’ensemble de la région.
C’est précisément cette situation qui attire autant de convoitises. Les Américains y ont la seule base militaire permanente en Afrique, baptisée Camp Lemonnier. Les Français, anciens colonisateurs, n’ont jamais quitté les lieux. Les Chinois y ont inauguré en 2017 leur première base militaire à l’étranger. Les Japonais, les Italiens, les Allemands, et même les Espagnols : la liste est longue.
2. L’alibi de la lutte contre la piraterie et le terrorisme
Officiellement, toutes ces bases servent à lutter contre la piraterie dans le golfe d’Aden et contre les groupes terroristes qui pourraient menacer la région. Il est vrai que la zone est historiquement agitée : proximité de la Somalie, instabilité au Yémen, sans oublier des zones de conflits larvés dans la Corne de l’Afrique.
Toutefois, derrière cette façade sécuritaire, chacun sait qu’il s’agit aussi de projeter sa puissance, de s’assurer une base de repli pour des opérations militaires plus larges, et de contrôler un passage maritime vital pour le commerce mondial. Les djiboutiens, eux, n’ont pas leur mot à dire là-dedans, sinon en tant que simples spectateurs.
3. Le coût environnemental et social
On parle beaucoup de l’argent que rapportent ces bases, mais on oublie souvent d’évoquer les nuisances qu’elles génèrent : pollution, nuisance sonore, restriction d’accès à certaines zones, tensions avec la population locale, trafic routier accru, etc.
Sans compter le risque de dérapages. Les militaires stationnés sur place ne sont pas toujours des anges, et des incidents émaillent parfois la cohabitation entre forces étrangères et population civile. Mais chut, il ne faut pas trop en parler, au risque de contrarier les amis puissants du gouvernement.
4. L’hypocrisie diplomatique
Le summum de l’ironie réside dans le discours des diplomates étrangers :
« Nous soutenons la souveraineté de Djibouti, tout en occupant une partie de son territoire, armés jusqu’aux dents, pour protéger nos propres intérêts. »
N’est-ce pas magnifique ? On dirait un sauveur auto-proclamé qui s’installe chez vous, met ses bottes sur votre table, et vous explique qu’il est là pour votre bien. Vous, évidemment, vous n’osez pas lui dire de partir, de peur de perdre son précieux “soutien” financier (comprendre : un loyer ridiculement bas et des aides conditionnées à votre docilité).
5. Sarcasme sur le bal des vautours
Imaginons que Djibouti soit un animal blessé, allongé au sol, et qu’autour de lui tournent de grands oiseaux opportunistes, tantôt rapaces, tantôt corbeaux, s’approchant à tour de rôle pour grignoter ce qui reste de sa chair. Le spectacle est sinistre, mais les vautours ne semblent pas gênés le moins du monde : ils se partagent la dépouille avec un sourire satisfait, chacun convaincu qu’il assure la paix et la sécurité dans la région.
Dans ce tableau cynique, où se trouve la dignité du peuple djiboutien ? Où se trouve la souveraineté nationale ? Probablement reléguées au rang d’accessoires, de mots-clés diplomatiques qu’on agite lors des commémorations officielles, avant de les ranger dans un placard.
V. La complicité internationale : silence, on profite
On aurait tort de croire que seuls les Djiboutiens et leur gouvernement portent la responsabilité de cette situation. La communauté internationale, les grandes puissances, les institutions multilatérales sont tout aussi coupables de ce statu quo.
1. Les intérêts croisés des puissances mondiales
Que ce soit la Chine (qui voit dans Djibouti un point d’ancrage pour sa « Nouvelle route de la soie » maritime), la France (qui veut conserver une présence militaire en Afrique), ou encore les États-Unis (soucieuse de contrer la menace terroriste et l’influence chinoise), chacun y trouve son compte.
Tant que Djibouti reste un « hub » stable pour leurs opérations, ils n’ont aucune raison de remettre en cause la gouvernance locale ou le bien-fondé de ces bases. L’hypocrisie est totale : on fermera les yeux sur la corruption, les atteintes aux droits humains, tant que les intérêts stratégiques restent préservés.
2. Les institutions financières : porteuses de dettes
Le FMI, la Banque mondiale et d’autres bailleurs internationaux accordent des prêts qui, dans bien des cas, endettent encore plus le pays. Les projets d’infrastructures (chemin de fer, routes, ports, etc.) sont financés par l’étranger, construits par l’étranger et, souvent, exploités par l’étranger, tandis que Djibouti doit rembourser les emprunts.
Résultat : on se retrouve avec des installations dont la gestion échappe parfois au pays, et un fardeau financier colossal qui hypothèque l’avenir. Une double peine, en somme.
3. Les ONG timorées
Même les organisations non gouvernementales, censées défendre la justice sociale et les droits de l’Homme, se montrent parfois timorées à Djibouti. La raison ? Le pays, malgré sa petite taille, est un terrain délicat à aborder : contraintes administratives, pressions politiques, difficultés logistiques…
De plus, certains bailleurs de fonds des ONG peuvent avoir des intérêts qui les dissuadent d’encourager des enquêtes trop fouillées sur la situation réelle à Djibouti. Ainsi, un voile pudique recouvre bien des réalités locales.
4. Sarcasme : « On vous aide, mais restez tranquilles »
Quel tableau édifiant que de voir ces puissances se poser en bienfaitrices :
« Nous venons développer votre pays, investir dans vos infrastructures, vous protéger des pirates. Mais attention, ne vous avisez pas de prendre trop au sérieux cette notion de souveraineté. Continuez de faire profil bas, fermez-la si possible, et tout se passera bien. »
Et tant pis pour la démocratie, tant pis pour la véritable indépendance économique. Le message sous-jacent est clair : Djibouti doit rester un “centre de services” docile, au service d’intérêts supérieurs, ceux des grands de ce monde.
VI. L’auto-censure, ou comment la critique meurt dans l’œuf
La plus grande victoire d’un régime qui contrôle tout, c’est peut-être la capacité à faire taire les critiques avant même qu’elles n’éclosent. À Djibouti, cette auto-censure est un fléau.
1. L’absence de médias libres
Ce n’est pas un scoop : la presse djiboutienne est largement sous contrôle. Les médias publics relaient la propagande officielle, tandis que les médias privés, quand ils existent, sont souvent bridés par la crainte de représailles. Les journalistes critiques risquent gros : tracasseries judiciaires, harcèlement, emprisonnement.
Résultat : le débat public s’étiole. Les rares voix dissonantes sont vite étouffées ou poussent l’exil pour survivre. Sur place, la critique devient quasi impossible, sinon au sein de cercles privés, à l’abri des oreilles indiscrètes.
2. La peur dans la société civile
Les associations locales, syndicales ou de défense des droits sont sous surveillance. Les responsables associatifs savent qu’ils marchent sur des œufs s’ils abordent des sujets sensibles : corruption, droits humains, bases militaires, etc. Mieux vaut se concentrer sur l’éducation, la santé, l’action humanitaire, en évitant soigneusement le terrain politique.
Cette peur entretenue par le pouvoir engendre une forme de servilité mentale. Peu à peu, les gens finissent par intégrer l’idée qu’il vaut mieux se taire que d’élever la voix. L’auto-censure devient la norme, et la parole se raréfie.
3. L’émigration et l’exil politique
On ne compte plus les opposants djiboutiens qui ont quitté le pays, lassés de se battre contre un mur infranchissable. Cette fuite des cerveaux et des militants affaiblit encore davantage la capacité de résistance au régime.
Pendant ce temps, la diaspora djiboutienne à l’étranger, qui pourrait jouer un rôle d’alerte, se retrouve dispersée et manque parfois de moyens. De plus, elle se heurte à l’indifférence ou à la prudence des pays d’accueil, qui tiennent à ménager leurs relations avec le gouvernement djiboutien.
4. Sarcasme : « Tout va très bien, Madame la Marquise »
Au final, la scène politique et médiatique djiboutienne se résume à un refrain bien connu :
« Il n’y a pas de problèmes, la démocratie progresse, les bases étrangères sont là pour nous protéger, la croissance est au rendez-vous, et les investissements affluent. »
Si vous osez dire le contraire, vous passez pour un oiseau de mauvais augure, un «opposant », un « terroriste » ou un vendu à une autre puissance. Mieux vaut chanter la partition officielle, même si l’on sent bien qu’elle sonne faux.
VII. Pourrait-il en être autrement ? Perspectives et illusions
Malgré ce tableau d’une noirceur cynique, il convient de se demander : existe-t-il une alternative ? Pourrait-on imaginer un Djibouti affranchi de ces bases, libre de ses choix, et prospérant sur un modèle économique plus autonome ?
1. Le mythe de la neutralité
Certains suggèrent que Djibouti aurait pu choisir de rester neutre, à l’image d’un mini-Suisse de la Corne de l’Afrique. Or, la neutralité n’existe pas dans cette région : l’instabilité frontalière, les conflits régionaux, la pression des grandes puissances rendent cette posture intenable.
2. L’option du développement endogène
Pour sortir de la dépendance, il faudrait miser sur un développement économique réel : agriculture adaptée au climat aride, pêche durable, tourisme, transformation industrielle… Malheureusement, ces secteurs nécessitent un environnement propice (infrastructures, paix sociale, gouvernance transparente) que Djibouti peine à instaurer.
Il faudrait également rompre avec l’économie de rente basée sur les bases militaires et le trafic portuaire. Un pari audacieux, car cela supposerait de renoncer à des revenus immédiats pour bâtir quelque chose de plus solide à long terme.
3. La voie démocratique
Un État plus démocratique, avec des institutions fortes, une justice indépendante et une presse libre, pourrait mieux négocier avec les puissances étrangères et exiger des conditions plus équitables. Mais cet État démocratique, on ne le voit guère poindre à l’horizon. Le régime actuel s’est solidement ancré, et les puissances étrangères n’ont aucun intérêt à encourager un bouleversement qui risquerait de remettre en cause leurs bases.
4. La société civile et la diaspora
L’espoir pourrait venir de la société civile, si elle parvenait à se structurer, à obtenir le soutien de la diaspora et à faire pression pour une réforme profonde. Mais il faudrait pour cela un minimum d’espace de liberté, que le gouvernement s’emploie à restreindre.
5. Sarcasme sur les « lendemains qui chantent »
Nous voici donc à rêver d’un Djibouti souverain, où le peuple reprendrait en main son destin, où le gouvernement serait réellement au service de la nation, et non l’inverse. C’est beau comme un conte de fées. Peut-être qu’un jour, les Djiboutiens se réveilleront d’un long sommeil et réaliseront qu’ils peuvent exiger davantage que des miettes.
En attendant, la réalité semble plus proche d’une fable cruelle où, malgré quelques soubresauts, chacun se résigne à son rôle. Les grandes puissances continueront leur valse militaire, le gouvernement continuera sa danse de salon avec les bailleurs, et la population restera à la fenêtre, regardant le défilé en se demandant si, un jour, quelqu’un pensera à eux.
VIII. Conclusion : entre amertume et nécessité d’agir
Au terme de ce billet d’une longueur certainement excessive (mais, paraît-il, plus on est amer, plus on a de choses à dire), que retenir ? Djibouti se présente comme un carrefour géostratégique, transformé en jeu d’influences où les grandes puissances rivalisent pour occuper le terrain. Le gouvernement local, quant à lui, endosse volontiers le rôle de fantoche si cela lui permet de conserver le pouvoir et de bénéficier de la rente financière et diplomatique liée à la présence de ces bases étrangères.
Le peuple djiboutien, pour sa part, apparaît tantôt victime d’une oppression insidieuse, tantôt complice d’un système dont il tire quelques bénéfices indirects. Les frontières entre la résignation, la survie et l’indifférence sont parfois floues. L’auto-censure règne, la peur paralyse, et tout se joue dans un équilibre fragile, garanti par la répression et le soutien silencieux (mais ô combien efficace) des puissances étrangères.
Pourquoi ce billet ? Parce que la situation a quelque chose de profondément révoltant. Comment peut-on à la fois se dire État souverain et accepter que de multiples armées étrangères stationnent sur son sol, dictent en sous-main certaines orientations politiques, tout en maintenant la population dans un statut subalterne ?
Le plus grand paradoxe : tout le monde y trouve son compte, à court terme. Les élites djiboutiennes engrangent argent et pouvoir. Les puissances étrangères bénéficient d’un pied-à-terre majeur. La communauté internationale peut se féliciter d’une “stabilité” artificielle dans une région tourmentée. Et la population, dans tout cela, reçoit quelques miettes, de quoi survivre et, parfois, se taire.
Pourtant, à long terme, ce modèle est voué à un surendettement, à une fragilité économique extrême, à une déconnexion croissante entre dirigeants et citoyens. Il perpétue l’idée que Djibouti ne peut être qu’un instrument de la politique étrangère des grandes puissances, plutôt qu’un acteur à part entière sur la scène internationale.
Et maintenant, qu’espérer ? Peut-être qu’un sursaut viendra d’une partie de la société civile, d’une génération plus éduquée, plus connectée, qui ne se contentera plus du récit officiel. Peut-être qu’un changement international de paradigme amènera certains pays à reconsidérer leurs bases, laissant Djibouti redéfinir son destin.
En attendant, le sarcasme reste notre ultime refuge pour dénoncer l’absurdité de la situation. Rions un peu, ou beaucoup, de ce grand théâtre où chacun joue un rôle prévisible. Rions, car il vaut mieux encore en rire que d’en pleurer. Mais n’oublions pas que, derrière la farce, se cache la réalité amère d’un peuple qui mérite mieux qu’un régime docile et qu’une poignée d’acteurs étrangers aux manettes.
Puissent ces quelques mots, jetés comme une bouteille à la mère, éveiller, chez certains, la curiosité ou la volonté de s’informer davantage, voire même d’agir. Le chemin sera long, les obstacles nombreux, mais l’histoire nous enseigne que les plus grands changements naissent parfois des plus minces lueurs de conscience.
Alors, Peuple djiboutien, si tu lis ces lignes (ce qui est peu probable, soyons honnêtes, vu la censure ambiante) : relève-toi, interroge-toi, organise-toi. Et si le gouvernement continue de te dire que ta voix ne compte pas, souviens-toi qu’il n’y a pas de marionnettiste sans marionnette consentante. À toi de voir s’il est temps de couper les fils.


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