Faut-il une grosse orange flasque ou un petit citron dur ?


La modernisation d’une armée ne réside pas seulement dans l’adoption de nouvelles technologies, mais dans sa capacité à se réinventer stratégiquement et à s’adapter aux défis de son époque, tout en prenant en compte les leçons de l’histoire

Note liminaire :

Le propos qui suit se veut volontairement acerbe, critique et sans concession. Les Forces Armées Djiboutiennes, en tant qu’institution, sont ici passées au crible d’une plume au vitriol, bien consciente des complexités historiques, politiques et régionales. Il ne s’agit pas de diaboliser gratuitement, mais de démonter les rouages d’un système qui peine à répondre aux véritables enjeux de défense et de souveraineté nationale. Au final, la question est simple : veut-on persister dans le mythe d’une « grosse orange » gonflée d’apparences trompeuses, ou aspire-t-on à forger un « petit citron » plus modeste mais plus ferme, résilient, et capable de faire face aux défis contemporains ?

1. Une institution en quête de légitimité

Les Forces Armées Djiboutiennes (FAD) sont censées incarner le rempart ultime de la souveraineté nationale. Or, si l’on interroge la rue djiboutienne, on constate aussitôt qu’elles peinent à susciter l’adhésion populaire. Pourquoi ? D’abord, parce qu’elles semblent prisonnières d’une logique de façade, où l’on affiche un effectif numériquement suffisant pour briller lors des parades officielles et sur le papier, mais où la réalité opérationnelle se révèle à mille lieues de la fierté nationale que l’on voudrait afficher.

Dans un pays où le pouvoir central s’appuie souvent sur le soutien international (bases étrangères, appuis logistiques multiples, contrats d’externalisation de la sécurité), les Forces Armées Djiboutiennes apparaissent comme un accessoire de souveraineté plutôt que comme son ciment. À trop vouloir afficher une armée « conventionnelle » – mais sans avoir les moyens financiers, humains et structurels de la soutenir efficacement – on se retrouve avec une coquille vide. On maintient coûte que coûte un certain effectif, on distribue des galons, on multiplie les uniformes et on sacralise le commandement. Mais au fond, quel est l’objectif premier ? Protéger le territoire national ? Défendre les intérêts économiques ? Participer à des opérations extérieures de maintien de la paix ?

Les multiples missions déclarées des FAD produisent parfois une impression de dispersion, voire de contradiction. D’un côté, on souhaite maintenir une armée de parade, capable de défiler fièrement lors des fêtes nationales, d’accueillir des dignitaires étrangers et de rassurer la population sur la force de l’État. De l’autre, on se retrouve incapable d’investir suffisamment dans la formation, l’entraînement et l’équipement pour prétendre à une réelle force de dissuasion face à des menaces conventionnelles ou hybrides.

Par ailleurs, la proximité stratégique de Djibouti avec diverses forces internationales – notamment l’armée française, américaine, chinoise, japonaise et d’autres puissances disposant de bases sur le territoire – brouille la perception de la nécessité même d’une armée nationale forte. Si la sécurité est en grande partie assurée par des accords de défense et par la présence d’armées étrangères, à quoi bon se saigner pour financer des FAD robustes ? Cette question demeure taboue, car elle remettrait en cause l’un des fondements de la souveraineté. Mais dans les faits, cette dilution de la responsabilité opérationnelle fait que les Forces Armées Djiboutiennes n’ont jamais été poussées dans leurs retranchements pour bâtir un corps réellement professionnel et redouté.

Le résultat est un paradoxe : les FAD existent, elles occupent une place non négligeable dans le budget de l’État, elles font partie des attributs régaliens, mais elles semblent toujours en quête de légitimité profonde. C’est le syndrome de la «grosse orange flasque » : à l’extérieur, un volume qui semble imposant, à l’intérieur, une pulpe peut-être insuffisamment ferme, presque gorgée d’eau, avec un jus bien fade lorsqu’on la presse un peu. Loin de la force compacte que requièrent les conflits asymétriques modernes, on a l’impression qu’on privilégie la quantité à la qualité, l’apparence à la substance.

2. Le poids de l’héritage historique

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se pencher sur l’histoire militaire de Djibouti. Depuis l’indépendance (1977), l’armée du jeune État a été construite en grande partie sur les décombres de l’Armée française, elle-même héritière d’une présence coloniale. Les officiers djiboutiens de la première heure ont été formés dans ce moule, adoptant des conceptions organisationnelles, des doctrines et des pratiques administratives parfois inadaptées au contexte local.

Au lieu de forger un modèle propre, tirant parti des spécificités géopolitiques, culturelles et climatiques de Djibouti, l’on a souvent recopié, voire conservé, des schémas tout faits. Cette inclination pour la « francisation » ou la «globalisation » du modèle militaire a pu limiter la capacité d’innovation, en particulier face à l’évolution rapide des menaces dans la région. Dès lors, l’armée djiboutienne souffre d’un décalage entre la doctrine affichée et la réalité du terrain.

Sur le plan historique, Djibouti a connu des périodes de troubles internes, notamment les affrontements civils et les tensions politiques qui ont marqué les premières décennies d’indépendance. Pendant longtemps, l’armée était avant tout un instrument de maintien de l’ordre intérieur, de répression potentielle des soulèvements, plutôt qu’un bouclier externe contre d’éventuelles agressions. Cette focalisation sur la protection d’un régime plutôt que sur la protection d’un pays a contribué à polariser les institutions. Résultat : la défense du territoire s’est retrouvée reléguée au second plan, et la professionnalisation d’une armée véritablement souveraine n’a pas toujours été la priorité.

Il en découle un certain retard, à la fois sur le plan technologique et organisationnel. Le repli sur soi, la crainte de voir des troupes trop autonomes se retourner un jour contre le pouvoir, ou encore la dépendance à l’égard des forces étrangères stationnées dans le pays, ont alimenté un système rigide où peu de place est laissée à l’audace ou à l’innovation.

L’héritage colonial et postcolonial pèse donc lourd sur la structuration des Forces Armées Djiboutiennes. Et si aujourd’hui l’on souhaite qu’elles évoluent, on doit d’abord reconnaître qu’elles partent d’une base historiquement contraignante. Mais cela ne saurait constituer une excuse éternelle : à un moment donné, il faut prendre en main son destin militaire, repenser ses paradigmes et se demander si l’on veut vraiment devenir un acteur indépendant et performant.

3. Une organisation alourdie par le clientélisme et l’opacité

L’un des vices majeurs que l’on observe dans de nombreuses armées africaines – et Djibouti ne fait pas exception – est le phénomène du clientélisme. Les promotions, les affectations, l’accès à certaines unités stratégiques ou la distribution des ressources dépendent souvent plus de considérations politiques, ethniques ou claniques que de la compétence réelle.

Le commandement des FAD semble empreint de ces logiques, où l’on valorise la fidélité au pouvoir et l’allégeance aux chefs plutôt que les performances ou l’expertise opérationnelle. Ce système d’allégeances multiples paralyse non seulement la chaîne de commandement, mais il crée aussi un climat de défiance. Les officiers talentueux, mais peu enclins à se plier aux exigences de la courtisanerie, se voient parfois bloqués dans leur carrière, tandis que ceux qui jouent bien le jeu de la flatterie ou qui ont de bonnes connexions gravissent rapidement les échelons.

Par ailleurs, l’opacité des processus de gestion des ressourcesachat d’équipements, financement de la logistique, attribution des marchés publics afférents à la défense, etc. – alimente la suspicion d’enrichissement personnel et de corruption. À force de cultiver ces pratiques, on se retrouve avec du matériel parfois inadapté ou obsolète. On achète plus pour satisfaire des accords de gré à gré que pour répondre à un cahier des charges opérationnel précis. On multiplie les intermédiaires, chacun prenant sa part du gâteau, jusqu’à ce que le gâteau ne soit plus que miettes pour ceux qui sont au front.

Dans un tel contexte, il est illusoire d’espérer construire une force de défense moderne, agile et prête à relever les défis d’un conflit asymétrique. Là où des unités de forces spéciales devraient être constituées sur la base d’un recrutement sélectif et d’un entraînement intensif, on assiste parfois à la promotion d’éléments peu ou mal formés, mais occupant des postes clés grâce à leur appartenance à tel ou tel réseau.

Ce clientélisme chronique n’est pas l’apanage de Djibouti, mais il y prend une forme d’autant plus pernicieuse que le pays est stratégiquement situé et attire des convoitises internationales. Les revenus générés par la location des bases et la coopération militaire étrangère n’atterrissent pas toujours dans les caisses de l’État avec la transparence que l’on pourrait attendre. Cela entraîne des budgets opaques, un manque de contrôle parlementaire (lorsqu’il existe) et donc l’impossibilité pour la société civile de vérifier à quoi sert réellement l’argent.

Comment, dès lors, rompre ce cercle vicieux ? Faut-il imposer des réformes structurelles, externaliser certains volets de la défense, ou encore assainir la chaîne de commandement via de vastes réformes anti-corruption ? Toutes ces pistes se heurtent à la volonté de préservation d’un certain statu quo, où la défense nationale est aussi perçue comme un moyen de récompense et de contrôle politique.

La conséquence directe de cette opacité et de ce clientélisme est la fragilité opérationnelle. Quand des soldats ne sont pas motivés, qu’ils savent que leurs supérieurs sont là plus pour cultiver leur réseau que pour mener des troupes au combat, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils se dépassent lorsqu’une menace réelle surgit. C’est tout l’inverse de la cohésion que l’on recherche pour une armée digne de ce nom.

4. Des effectifs pléthoriques, mais une efficacité douteuse

Officiellement, le nombre de militaires djiboutiens serait de plusieurs milliers, chiffre respectable au regard de la taille du pays. Toutefois, derrière ces effectifs déclarés, il existe une série d’inconnues : combien de ces soldats sont réellement opérationnels ? Combien sont-ils à être correctement formés ? Dans quelles conditions s’entraînent-ils ?

Il règne un flou quasi artistique sur la composition de ces effectifs. On ne sait pas toujours combien de soldats sont affectés à des tâches purement administratives ou protocolaires, combien sont dans des unités de combat véritables, ni comment la rotation des personnels est gérée. Cette absence de transparence nourrit la suspicion d’effectifs fictifs ou de doublons, phénomène que l’on observe dans d’autres armées de la région.

Cette « masse » de soldats non qualifiés et non entraînés confère à l’armée l’apparence d’une « grosse orange flasque » : volumineuse à l’œil nu, mais manquant cruellement de substance. Les responsables politiques peuvent brandir le nombre d’hommes sous les drapeaux comme un gage de solidité et de sécurité, mais cela ne résout en rien la question de l’efficacité opérationnelle. Or, dans un conflit moderne, la supériorité numérique est loin d’être l’élément décisif.

Les guerres asymétriques, les menaces terroristes, la piraterie maritime, les incursions transfrontalières ou les conflits hybrides exigent de petites unités mobiles, hautement entraînées, dotées d’équipements spécifiques et d’une doctrine d’emploi souple et innovante. L’époque des guerres de position ou des offensives frontales de grande ampleur est, sinon révolue, du moins minoritaire dans les théâtres d’opérations actuels de la Corne de l’Afrique.

Avoir une gigantesque armée au budget démesuré, basée sur un commandement lourd et bureaucratique, n’apporte rien si cette armée est incapable de réagir rapidement et efficacement aux nouvelles menaces. Pire encore, cela contribue à un gaspillage de ressources précieuses, qui pourraient être allouées à la formation d’unités d’élite ou à l’achat de matériel adapté.

Au lieu de se focaliser sur la qualité, l’on demeure dans l’illusion rassurante que la quantité est un gage de sécurité. Mais cette posture frise parfois l’auto-aveuglement. La politique de gonflement des rangs ne sert qu’à maintenir l’illusion d’une force de frappe ; dans la pratique, on se retrouve souvent avec une armée pléthorique, mais apathique, mal encadrée, et dont l’unité de commandement est sans cesse fragilisée par le manque de professionnalisme.

5. Des équipements dépassés et une logistique bancale 

On ne peut pas parler d’armée sans évoquer l’aspect matériel. Les Forces Armées Djiboutiennes affichent dans leurs arsenaux une variété d’équipements allant des fusils d’assaut de conception ancienne à quelques véhicules blindés datés, sans oublier certaines pièces d’artillerie dont la modernité laisse à désirer.

Pourquoi cet état de fait ? D’abord parce que le renouvellement des stocks dépend fortement d’accords bilatéraux ou d’aides internationales, souvent ponctuelles et non coordonnées. Ensuite, parce que l’argent destiné à l’acquisition d’équipements modernes se perd parfois dans les dédales de la corruption et des arrangements opaques.

Ne cherchons pas à nier l’évidence : certains efforts ont bien été tentés pour moderniser une partie des unités. Mais ces initiatives restent souvent dispersées, sans vision cohérente ni plan global. On achète quelques drones ici, on importe des pièces d’artillerie là, on reçoit en don des véhicules d’occasion d’un pays partenaire. Le tout forme un patchwork hétéroclite, difficile à maintenir et encore plus difficile à faire évoluer.

La logistique, quant à elle, est un talon d’Achille majeur. Les conditions climatiques et géographiques de Djibouti sont exigeantes : chaleur extrême, environnement désertique, infrastructures limitées en dehors de la capitale et des grands axes. Il faut des moyens conséquents pour assurer le ravitaillement, l’entretien des véhicules, l’acheminement des troupes et la projection sur les zones éloignées. Si l’on n’a pas une chaîne logistique fiable, on condamne l’efficacité sur le terrain.

Or, la logistique est l’un des volets les moins visibles et donc souvent les moins valorisés politiquement. On préfère investir dans des équipements tape-à-l’œil, susceptibles d’impressionner lors des défilés, plutôt que dans une refonte discrète mais vitale des infrastructures logistiques. Résultat : lorsqu’il faut déployer un bataillon dans une zone isolée, on se rend compte qu’on n’a pas les moyens de le soutenir sur la durée, et l’opération tombe à l’eau, ou se termine dans un fiasco.

Dans les conflits contemporains, la supériorité logistique est pourtant l’un des éléments clés de la victoire. Même avec un équipement correct, si l’on ne peut pas acheminer munitions, vivres, soins, pièces de rechange et soutien technique, on finit inévitablement par être débordé. Les FAD, en misant sur des achats ponctuels, mal coordonnés, sans plan de maintenance durable, se retrouvent régulièrement handicapées par une pénurie de pièces détachées ou l’impossibilité de réparer un équipement sophistiqué.

Comme un fruit trop mûr qui pourrit de l’intérieur, le système logistique des FAD souffre d’improvisation chronique. Quand on sait la rapidité avec laquelle évoluent les menaces asymétriques, on ne peut que déplorer cette inertie. Au lieu de se doter d’une logistique légère, flexible et adaptée aux scénarios de guérilla ou de contre-terrorisme, on tente de soutenir un modèle d’armée lourde, calqué sur des schémas dépassés.

Au final, on se retrouve avec des stocks d’équipements hétérogènes, parfois inutilisables, et une logistique lacunaire. Voilà encore un indice que l’on penche du côté de la « grosse orange flasque » : de la quantité, du volume, de l’empilement, mais peu de substance réelle pour faire face aux impératifs du combat moderne.

6. Le mirage des formations et des coopérations internationales

Le positionnement géostratégique de Djibouti en fait un terrain privilégié pour les formations et exercices militaires internationaux. On y voit régulièrement défiler des contingents étrangers qui profitent du climat chaud et des terrains arides pour s’entraîner. Les FAD sont souvent conviées à participer à des manœuvres conjointes, à des stages de formation et à des programmes de renforcement des capacités.

Sur le papier, cela devrait constituer un atout majeur : bénéficier de l’expertise de forces d’élite venues du monde entier (France, États-Unis, Chine, etc.), acquérir des compétences nouvelles et mieux maîtriser les techniques de combat asymétrique. Dans les faits, le bilan est nettement plus mitigé.

D’une part, ces formations sont parfois trop courtes, trop ponctuelles, et ne s’inscrivent pas dans un plan de développement global des ressources humaines militaires. Ainsi, quelques officiers ou sous-officiers s’aguerrissent, mais leurs savoir-faire restent cloisonnés, faute de programmes de transmission structurés. On ne capitalise pas sur l’expertise acquise, on ne crée pas de doctrine nationale adaptée ; au contraire, on se disperse dans des bribes de connaissances souvent inexploitées.

D’autre part, l’intégration de ces acquis est rendue difficile par l’inertie bureaucratique et le conservatisme de la hiérarchie. L’arrivée de nouvelles techniques suscite parfois la méfiance de cadres supérieurs peu enclins à changer leurs habitudes ou à remettre en cause leur autorité. Les manœuvres internationales donnent lieu à de grandes déclarations et à des photos officielles, mais la réalité quotidienne demeure inchangée.

Enfin, la dépendance vis-à-vis des puissances étrangères peut perpétuer une forme d’assistanat. Plutôt que de développer leur propre expertise, certaines unités attendent que les instructeurs étrangers fournissent la solution clé en main. De même, on peut se reposer sur le fait que, si une crise majeure survient, l’intervention de troupes étrangères sera probablement inévitable. Cette mentalité de dépendance n’encourage pas la proactivité ni la prise d’initiatives en interne.

La coopération internationale, bien qu’elle puisse être bénéfique, se transforme ainsi en mirage si elle n’est pas accompagnée d’une volonté de réforme en profondeur de la structure militaire djiboutienne. En l’absence de cette volonté, les Forces Armées Djiboutiennes continuent de naviguer entre un affichage pompeux de partenariats prestigieux et une réalité de terrain stagnante, voire régressive.

7. Le manque criant d’une doctrine d’emploi claire

Toute armée digne de ce nom se doit de posséder une doctrine d’emploi claire, c’est-à-dire un ensemble de principes directeurs qui guident son organisation, sa formation, sa stratégie et ses opérations. Cette doctrine doit prendre en compte les spécificités nationales : la géographie, la démographie, l’histoire, les moyens financiers et techniques, ainsi que la nature des menaces potentielles.

Or, du point de vue de l’observateur extérieur, les Forces Armées Djiboutiennes semblent naviguer à vue. Quelle est leur priorité ? Lutter contre le terrorisme ? Assurer la défense côtière ? Participer à des missions de maintien de la paix régionales ? Prévenir les incursions transfrontalières ? Garantir la stabilité politique interne ?

Cette absence de hiérarchisation claire des objectifs stratégiques induit des contradictions. On veut tout faire à la fois : se présenter comme une armée conventionnelle capable de défendre la souveraineté territoriale, mais aussi comme une force spéciale susceptible d’intervenir dans des opérations ciblées, et en même temps comme un acteur de la sécurité collective régionale. Résultat : on fait tout, mais on ne fait rien de bien.

Lorsqu’on interroge les officiels, on obtient des réponses vagues, teintées de discours protocolaires : « Les FAD sont prêtes à faire face à toute menace », « Nous sommes en constante modernisation », « Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires étrangers », etc. Mais sur le terrain, la réalité est moins reluisante. Les priorités changent au gré des urgences politiques ou des pressions internationales.

Le « nouveau conflit asymétrique » exige des capacités d’adaptation, de renseignement fin, de rapidité d’exécution et de mobilité accrue. Or, pour mettre en place ces capacités, il faut une doctrine spécifique, qui définisse comment entraîner et équiper les troupes, comment articuler les unités de renseignement, comment coordonner les forces terrestres, navales et aériennes (si tant est qu’on dispose d’une aviation militaire crédible).

Sans vision stratégique, on se retrouve à copier-coller des manuels étrangers, à improviser des gesticulations tactiques qui ne répondent pas vraiment à la topographie djiboutienne, à la nature des menaces (piraterie dans le golfe d’Aden, terrorisme régional, instabilités frontalières, etc.), ni aux capacités réelles de l’armée.

Ne pas avoir de doctrine d’emploi claire, c’est comme vouloir construire une maison sans plan. Les briques, le ciment et les ouvriers sont peut-être là, mais si personne ne sait où mettre la porte ou comment répartir les murs porteurs, on finit avec un édifice bancal, prêt à s’effondrer au moindre choc.

Voilà pourquoi la question du « gros fruit flasque » ou du « petit fruit dur » se pose avec acuité. Faut-il continuer à prétendre à une armée conventionnelle volumineuse, qui ne peut de toute façon pas rivaliser avec les mastodontes régionaux ou mondiaux ? Ou bien se concentrer sur une force plus réduite, mais réellement opérationnelle, taillée pour la contre-insurrection, le renseignement et la réaction rapide ? À ce jour, aucune réponse tranchée n’a été donnée, comme si l’on préférait maintenir l’illusion d’être un peu de tout, tout en ne maîtrisant rien pleinement.

8. Le rôle ambigu du pouvoir politique

Dans de nombreux États où la démocratie est balbutiante ou limitée, l’armée occupe une place singulière : à la fois pilier du régime et menace potentielle pour celui-ci. Le pouvoir politique, soucieux de conserver son ascendant, veille à ce que l’armée ne devienne pas trop autonome ou professionnelle au point de remettre en cause l’autorité civile (ou pseudo-civile).

À Djibouti, cette dynamique est particulièrement perceptible. Les gouvernants n’ont pas nécessairement intérêt à renforcer de manière trop poussée les capacités opérationnelles des FAD, de peur de voir émerger un état-major influent, doté d’une véritable légitimité populaire. Le souvenir de coups d’État ou de mutineries dans d’autres pays africains (et même dans la région) alimente cette méfiance.

Le pouvoir joue donc un jeu d’équilibriste : maintenir une armée suffisante pour conserver une façade de souveraineté et de sécurité, tout en évitant de la rendre trop efficace et trop indépendante. Cette posture politique se traduit par une «demi-professionnalisation » : on consent à des efforts de modernisation, mais pas trop ; on autorise des formations spécialisées, mais on évite de trop consolider les structures de commandement.

En outre, l’armée reste un outil de contrôle interne. Les forces de sécurité et les unités d’élite, bien plus que de combattre un ennemi extérieur, sont souvent mobilisées pour la protection du régime, la répression de toute contestation et la dissuasion de mouvements insurrectionnels. Cette primauté du politique sur le militaire dévitalise l’institution : on ne promeut pas les meilleurs tacticiens, mais les plus loyaux ; on n’affecte pas les troupes aux missions de défense strictement définies, mais à des tâches de maintien de l’ordre et de show of force (démonstration de force) dirigé vers la population.

Il en résulte un profond malaise au sein même de l’armée. Les vocations militaires motivées par la défense de la patrie se heurtent à la réalité d’une force instrumentalisée par le pouvoir. L’ambiguïté du rôle de l’armée nourrit alors la frustration et la démotivation, renforce la corruption, et perpétue la dépendance envers les forces étrangères.

9. Une force spéciale ou une armée conventionnelle ? Les dilemmes d’aujourd’hui

La question cruciale, mise en exergue par la métaphore de la « grosse orange flasque » ou du « petit citron dur », est de savoir quelle forme doit prendre l’armée djiboutienne pour être réellement efficace.

  • Option 1 : La grosse orange flasque
    Continuer dans la voie actuelle, c’est maintenir un effectif pléthorique, un budget conséquent, des achats de matériel parfois incohérents et une formation insuffisamment approfondie. Cela produit une armée qui brille lors des défilés, rassure l’opinion publique par sa présence numérique, mais dont l’efficacité en situation de crise réelle est plus que douteuse. Au moindre affrontement sérieux, elle risque de se dégonfler, révélant ses failles structurelles.
  • Option 2 : Le petit citron dur
    Opter pour une force plus réduite, centrée sur des unités d’élite, formées intensivement, capables de manœuvrer dans des contextes asymétriques. L’idée est de privilégier la qualité à la quantité, de miser sur le renseignement et la réactivité. Cette force spéciale, ou ces unités spéciales, seraient dotées d’équipements ciblés, adaptés aux missions de contre-terrorisme, de neutralisation de menaces ponctuelles, de sécurisation des points stratégiques (ports, bases, frontières sensibles).

Le dilemme pour Djibouti, c’est qu’elle ne peut pas se passer de l’apparence d’une armée conventionnelle, ne serait-ce que pour conserver une certaine stature internationale et répondre aux exigences diplomatiques. Par ailleurs, la présence de multiples bases étrangères sur le sol djiboutien complique la donne : faut-il s’aligner sur leurs standards, développer des coopérations spécifiques, ou alors tracer sa propre voie ?

Le choix d’une mini-force d’élite exigerait un changement radical de mentalité. Il faudrait repenser la chaîne de commandement, rompre avec le clientélisme, instaurer des critères de sélection stricts, intégrer véritablement la formation continue dans le parcours des soldats, et allouer des ressources budgétaires de manière transparente. Une révolution culturelle que le pouvoir actuel n’est peut-être pas prêt à assumer, car cela signifierait renoncer au contrôle tentaculaire exercé via la distribution de postes et de promotions.

De plus, une petite armée d’élite suppose une doctrine claire : identifier précisément les menaces (terrorisme, piraterie, éventuelles incursions) et construire des scénarios opérationnels réalistes. C’est un pari sur la modestie assumée, sur le professionnalisme, sur la discipline et sur la technicité. Autant de valeurs qui ne coïncident pas toujours avec les pratiques en vigueur.

Au final, la plupart des observateurs s’accordent à dire que Djibouti ferait mieux d’avoir un noyau dur d’unités performantes, quitte à conserver en parallèle une force de réserve ou une garde nationale à vocation plus logistique et symbolique. Mais la peur de se défaire de la masse fait que l’on continue à entretenir une sorte de machine administrative surnuméraire. On répète à l’envi que « plus on a de soldats, plus on est en sécurité », alors que la réalité contemporaine démontre le contraire : la surabondance de personnel mal formé et mal équipé ne fait qu’alourdir la structure et la rendre vulnérable.

Le défi est donc d’accepter de « perdre du poids » pour gagner en efficacité. Mais cela implique un courage politique, une volonté de réforme et une lucidité quant aux menaces du XXIe siècle. Jusqu’à présent, les signaux envoyés par les autorités djiboutiennes sont assez timides, comme si l’on préférait encore entretenir le mythe d’une armée imposante, plutôt que de bâtir une force véritablement apte à encaisser les chocs d’un conflit moderne.

10. Le regard de la population et la question du service militaire

À quoi sert l’armée djiboutienne pour le citoyen lambda ? C’est une question légitime, surtout dans un pays où le taux de chômage est élevé et où l’accès aux services de base reste inégal. Pour beaucoup, l’armée est avant tout un employeur, un moyen d’obtenir un salaire et une forme de reconnaissance sociale.

La question du service militaire obligatoire peut se poser : s’il était instauré (ou renforcé, selon les époques), permettrait-il de renforcer la cohésion nationale et le sentiment patriotique ? Ou ne servirait-il qu’à grossir encore davantage les rangs, sans pour autant améliorer la qualité de la formation ?

Dans l’opinion publique, les FAD suscitent un mélange de respect – en tant qu’institution régalienne – et de scepticisme, voire de moquerie, face à leur inefficacité présumée. Les rumeurs de corruption, les scènes de soldats mal équipés, les échecs de certaines opérations (peu médiatisées mais connues localement) ternissent l’image de marque de l’armée.

Certaines franges de la population considèrent même que l’armée ne sert qu’à protéger les élites au pouvoir, plutôt qu’à défendre le peuple. Ce sentiment d’aliénation pourrait devenir problématique si jamais le pays était confronté à une menace existentielle, car la population ne ferait peut-être pas bloc derrière ses forces armées.

Le lien armée-nation, si précieux pour la cohésion et la légitimité de la défense, semble donc fragile. Les fêtes nationales sont l’occasion de grandes parades, de déploiements spectaculaires de blindés et de troupes qui défilent fièrement devant les officiels. Mais ces démonstrations suffisent-elles à combler le vide d’une relation de confiance ? Pas sûr.

Ici encore, on voit toute la pertinence de la métaphore de la grosse orange flasque : le vernis du spectacle ne cache pas le manque de fermeté et de goût à l’intérieur. On peut impressionner les foules un jour de fête, mais au quotidien, la question demeure : à quoi bon ce déploiement de moyens si, dans les faits, on ne parvient pas à sécuriser durablement le pays et à incarner une institution exemplaire ?

11. La compétition régionale et les enjeux géopolitiques

Djibouti se trouve dans une région hautement stratégique : la Corne de l’Afrique, au carrefour des routes maritimes entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. La présence de plusieurs bases militaires étrangères sur son sol en témoigne, tout comme les nombreux enjeux économiques liés à son port et à ses infrastructures ferroviaires.

Sur le plan régional, la rivalité entre l’Éthiopie, l’Érythrée, la Somalie, et même le Yémen de l’autre côté du Golfe d’Aden, pèse lourd dans la balance. Djibouti doit composer avec des voisins parfois instables, parfois agressifs, et dont les intérêts stratégiques ne coïncident pas toujours avec les siens.

Les menaces potentielles sont multiples : affrontements frontaliers, infiltration de groupes armés, trafic d’armes, piraterie, terrorisme, etc. Dans ce contexte, on serait en droit d’attendre une armée nationale solide, capable de dissuader toute agression et de protéger les routes commerciales vitales pour le pays.

Cependant, la réalité est que Djibouti préfère souvent miser sur sa diplomatie et sur la présence de puissances étrangères pour dissuader ses voisins. Les bases américaines, françaises, chinoises, japonaises, italiennes, etc., participent à cette dissuasion passive : qui oserait attaquer un pays qui héberge une coalition potentiellement mortelle ? Mais cette situation entraîne un paradoxe : plus Djibouti s’appuie sur les armées étrangères, moins ses propres forces sont incitées à se moderniser réellement.

En outre, la compétition entre ces puissances étrangères – chacune cherchant à renforcer son influence dans la Corne de l’Afrique – peut conduire à des partenariats militaires ad hoc, qui profitent certes à l’élite dirigeante mais ne renforcent pas nécessairement la cohérence globale des FAD. On reçoit du matériel de l’un, des formations de l’autre, des crédits d’équipement de tel troisième partenaire, et tout cela forme un patchwork sans ligne directrice.

Dans un environnement géopolitique aussi volatil, il serait pourtant crucial de disposer d’un noyau dur, robuste et professionnel, capable de réagir à des crises soudaines, sans devoir à chaque fois quémander l’intervention des partenaires étrangers. Cette autonomie minimale est la clé de la souveraineté.

Or, on constate que Djibouti demeure dans une posture d’allégeance partagée : tirer profit de sa position pour louer des bases, récolter des subsides, jouer les intermédiaires diplomatiques, mais négliger l’effort de défense interne. De ce fait, les FAD ne se hissent pas au niveau d’une armée capable de peser sérieusement dans la région. C’est le scénario de l’orange flasque : du volume, de l’affichage, mais lorsque surgit un véritable défi, on se repose sur la musculature des autres.

Cette dépendance stratégique pourrait devenir problématique si jamais un partenaire majeur se retirait ou changeait sa politique. Comment Djibouti réagirait-il alors à une menace concrète, sans l’ombre protectrice de ces alliés ? La question mérite d’être posée, car l’histoire abonde d’exemples de vassaux qui, subitement lâchés par leurs parrains, se retrouvent démunis face à une agression.

12. Quelles réformes pour redonner de la substance à l’orange ou forger un citron ?

Conclure ce billet en se contentant d’accabler les FAD serait trop facile. Il convient de proposer des pistes de réflexion, même si elles bousculent les intérêts établis et semblent utopiques dans le contexte actuel.

1. Redéfinir la doctrine d’emploi
Avant toute chose, Djibouti doit clarifier ses priorités stratégiques. S’agit-il de se concentrer sur la défense du territoire contre une invasion conventionnelle ? Sur la lutte contre le terrorisme et la piraterie ? Sur la projection régionale ? Sur le maintien de l’ordre intérieur ? Une fois ces priorités hiérarchisées, il faudra adapter l’organisation de l’armée : le format, le type d’unités, les équipements, etc.

2. Miser sur la qualité plutôt que la quantité
Il est temps de rompre avec la logique du nombre pour le nombre. Mieux vaut avoir 5 000 soldats parfaitement formés, équipés et motivés, que 15 000 ou 20 000 dont la majorité n’a ni l’envie ni les moyens de combattre efficacement. Cela suppose de drastiques réformes dans le recrutement, l’entraînement et la gestion des carrières.

3. Créer une force spéciale réellement opérationnelle
Plutôt que d’afficher des unités d’élite qui n’en ont que le nom, il serait plus pertinent de créer un corps restreint de quelques centaines d’hommes et de femmes, triés sur le volet, bénéficiant d’un entraînement intensif et d’un équipement de pointe. Cette force spéciale aurait vocation à répondre aux menaces asymétriques, aux interventions urgentes et aux missions de libération d’otages, de sécurisation de sites sensibles, etc.

4. Assainir la chaîne de commandement et combattre la corruption
Aucune réforme ne sera durable si on ne s’attaque pas au fléau du clientélisme et de la corruption. Il faut instaurer des mécanismes de contrôle, de transparence, et s’assurer que les promotions soient fondées sur le mérite et non sur l’allégeance. Des audits indépendants, une commission parlementaire de défense réellement autonome, et des sanctions exemplaires sont indispensables pour briser la culture de l’impunité.

5. Investir dans la logistique et l’entretien
La modernisation de l’armée ne passera pas uniquement par l’achat de nouveaux jouets militaires. Elle exige des infrastructures logistiques solides : routes, systèmes de stockage, ateliers de maintenance, réseau de communication, etc. Sans ces bases, n’importe quel matériel de pointe finira à l’abandon ou immobilisé au premier incident technique.

6. Développer une stratégie de renseignement performante
Dans un conflit asymétrique, l’information est cruciale. Djibouti devrait investir dans le renseignement humain et technologique, collaborer plus étroitement avec les services d’information régionaux et internationaux, et former des spécialistes capables d’analyser la menace. Une petite armée peut compenser ses faiblesses numériques par une bonne connaissance du terrain et une excellente anticipation des mouvements adverses.

7. Rétablir le lien armée-nation
Pour regagner la confiance de la population, les FAD doivent montrer qu’elles sont au service du pays, et non l’inverse. Des programmes d’aide au développement, des missions de soutien aux populations isolées, une transparence accrue sur le budget de la défense, et une meilleure communication peuvent contribuer à changer l’image d’une armée perçue comme le bras armé d’un pouvoir autoritaire.

8. Réduire la dépendance vis-à-vis des bases étrangères
Cela ne signifie pas rompre brutalement avec les partenaires internationaux, mais définir un cadre de coopération qui profite réellement au renforcement des capacités nationales. Exiger des transferts de compétence plus poussés, des formations de long terme, et ne plus se contenter de jouer le rôle de simple hôte accueillant des armées étrangères en exercice.

9. Avoir le courage politique de la réforme
Toutes les initiatives précédentes n’aboutiront qu’à une coquille vide si les dirigeants djiboutiens n’acceptent pas d’en payer le prix politique. Réformer l’armée, c’est s’attaquer à des réseaux d’intérêts établis, à des hiérarchies conservatrices, à des privilèges en place. Cela exige une volonté farouche, une vision stratégique, et la capacité d’assumer les résistances et les conflits que cela ne manquera pas de provoquer.

Au fond, il s’agit de choisir entre deux visions :

  • Continuer à entretenir la « grosse orange flasque », cette armée pléthorique et inefficace, symbole de la continuité d’un système rentier et clientéliste.
  • Ou oser construire un « petit citron dur », une force moins visible numériquement, mais réellement redoutable, capable d’engager des actions ciblées et de défendre avec ténacité la souveraineté nationale lorsque cela s’avère nécessaire.

La seconde option demande de la lucidité et un véritable amour pour la patrie, plutôt que l’amour du pouvoir et de l’affichage. Elle suppose de renoncer à la facilité des apparences pour embrasser la rigueur de la réalité. Sans une telle mue, les FAD resteront un organisme obèse et fragile, condamnées à briller en surface tout en étant creuses de l’intérieur.

13. Conclusion : le temps de choisir

Cet article aura été sans concession envers les Forces Armées Djiboutiennes. Mais l’objectif n’est pas de dénigrer gratuitement une institution cruciale pour le destin national. Il s’agit de mettre en lumière les lourdeurs, les dérives et les ambiguïtés qui l’empêchent d’être à la hauteur de sa mission.

Le monde change à une vitesse vertigineuse : les menaces d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui, et celles de demain seront encore différentes. Djibouti, au carrefour des grandes puissances, ne peut plus se contenter d’afficher une armée de parade. Elle doit soit la transformer en une force conventionnelle digne de ce nom (ce qui exige des moyens colossaux et une volonté politique réelle), soit la repenser radicalement pour qu’elle devienne un instrument adaptable aux conflits asymétriques et aux missions de haute intensité ciblée.

La question primordiale est : de quoi Djibouti a-t-elle réellement besoin ? 

D’une « grosse orange flasque » exhibant une illusion de puissance, ou d’un « petit citron dur » qui, s’il est moins volumineux, serait bien plus coriace face à une agression ou à une crise ?

Seul l’avenir dira si les élites politiques et militaires oseront s’attaquer aux racines du mal : clientélisme, corruption, dépendance excessive aux partenaires étrangers, incohérence doctrinale, manque de professionnalisme… Sans cette remise en cause profonde, le décalage entre l’armée fantasmée et l’armée réelle ne fera que s’accentuer. Et dans la sphère impitoyable de la géopolitique, les illusions se paient au prix fort.

Djibouti, face à son destin, a donc un choix à faire. Il reste à savoir si, quand le moment sera venu, les Forces Armées Djiboutiennes pourront se targuer d’être autre chose qu’un agrégat informe de soldats aux ordres, ou si elles deviendront enfin cette force compacte et efficace qui fera la fierté de la nation.

Publié par

Avatar de Inconnu

Alpha Lassini

Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)