Zones franches de Djibouti: Note synthétique (PIB, emploi, recettes fiscales)



« A fluctibus opes La richesse vient de la mer. »

Résumé exécutif

La stratégie djiboutienne de développement s’appuie sur un continuum ports – zones franches – corridors qui articule infrastructures de classe mondiale et incitations fiscales étendues. Deux zones structurent l’écosystème : la Djibouti Free Zone (DFZ, 40 ha, 2004), tournée vers la logistique régionale, et la Djibouti International Free Trade Zone (DIFTZ, phase I : 240 ha, 2018), vitrine du modèle « port‑parc‑ville » codéveloppé avec China Merchants, appelée à s’étendre jusqu’à 4 800 ha. En 2023‑2025, la DIFTZ revendique 404 entreprises et une saturation de ses entrepôts logistiques. (dpfza.gov.dj)

Sur le PIB, les ports, la logistique et les réexportations vers l’Éthiopie – environ 80 % des volumes traités – restent le moteur de la croissance et expliquent une large part de sa variabilité. L’activité portuaire à elle seule a généré autour de 400 millions USD de redevances annuelles au pic du cycle, et le secteur «transport‑stockage‑communications» progresse en valeur ajoutée (mesure nationale en DJF). Mais la mesure directe de la contribution spécifique des zones franches au PIB demeure lacunaire : on s’appuie alors sur des proxys (composition sectorielle, séries « PIB des transports », annonces et projections officielles). (The World Bank Docs)

Sur l’emploi, les chaînes portuaires et logistiques comptent environ 6 500 emplois directs (plus 6 000 à 8 000 emplois indirects), pour l’essentiel hors industrie manufacturière, tandis que le chômage global reste très élevé (environ 47 %, jusqu’à 86 % chez les 15‑24 ans). Les quotas d’emploi local en zone franche (30 % la première année, 70 % à cinq ans) existent en droit mais se heurtent à une “offre de compétences limitée”(selon les déclarations des opérateurs; éléments pouvant être sujets à insincérité, vu le niveau de salaires exigés par les djiboutiens,) ce qui restreint l’effet emploi domestique.

Du point de vue des recettes publiques, le Code des zones franches (2004, modifié 2008‑2009) accorde aux entreprises des exonérations très larges – jusqu’à 50 ans – de tout impôt direct ou indirect, hors TVA à laquelle elles demeurent assujetties selon le Code général des impôts ; les salaires versés en zone franche restent imposables (ITS). Les recettes fiscales djiboutiennes ont reculé autour de 11,4–11,5 % du PIB, dans un contexte d’exonérations estimées à 19 % du PIB (toutes niches confondues), soulignant un arbitrage coûts‑bénéfices délicat entre attractivité et base taxable. (Droit-Afrique)

Ce court essai  (inspiré par les innombrables questions que se posent aussi bien les journalistes que les auditeurs de la radio “La Voix de Djibouti” ) qui suit tente de détailler au grand public: (1) la cartographie des zones franches et leur cadre institutionnel ; (2) les fondements juridiques et fiscaux ; (3) la contribution au PIB (indicateurs, proxys et scénarios) ; (4) l’emploi (volumes, qualité, multiplicateurs) ; (5) les recettes fiscales (mécanismes, effets d’éviction) ; (6) un bilan coûts‑avantages et (7) des pistes de réforme pragmatiques.

1) Cartographie et gouvernance des zones franches de Djibouti

Un système à deux étages :

  • Djibouti Free Zone (DFZ), 40 ha entre le port historique et l’aéroport (2004). Offre entrepôts, parcelles viabilisées et unités légères, avec liberté de propriété étrangère, libre rapatriement du capital et incitations fiscales et non fiscales. (dpfza.gov.dj)
  • Djibouti International Free Trade Zone (DIFTZ) (2018), phase I : 240 ha (investissement initial 370 M USD) destinée à l’international et adossée à Doraleh et aux nouveaux terminaux. Le programme complet vise 4 800 ha et 3,5 Mds USD d’investissement à l’horizon 2028. La zone est opérée dans le cadre d’un partenariat DPFZA–China Merchants et s’inscrit dans le modèle « port‑parc‑ville ». (dpfza.gov.dj)

Intégration au corridor éthiopien : Djibouti est la porte d’entrée maritime de l’Éthiopie ; environ 80 % des marchandises traitées dans les ports djiboutiens sont du transit et des réexportations vers ce voisin enclavé, générant à elles seules ≈ 400 M USD de redevances portuaires annuelles au pic du cycle. Les zones franches jouent le rôle de « zones tampons » de valeur ajoutée et de services autour des terminaux (magasins sous douane, cross‑docking, entrepôts, e‑commerce, etc.). (The World Bank Docs)

DPFZA, pivot régulateur : l’Autorité des ports et des zones franches (DPFZA) administre et contrôle les zones franches, fixe les barèmes de redevances et sert de guichet unique pour l’immatriculation et les licences. Cette centralisation, prévue par la loi, vise à réduire les frictions administratives et à homogénéiser le cadre d’affaires. (Droit-Afrique)

État des lieux des implantations : selon la DIFTZ, 404 entreprises opèrent dans la zone (taux d’occupation des entrepôts : 100 %), ce qui confirme l’attractivité logistique à court terme, même si le mix sectoriel demeure encore largement orienté vers l’entreposage et le négoce plutôt que vers la transformation industrielle. (Diftz)

2) Fondements juridiques et fiscaux : le Code des zones franches

2.1. Périmètre, droits et administration

Le Code des zones franches (Loi n° 53/AN/04 du 17 mai 2004, modifiée par la LFR 2008 et la LF 2009) définit les zones franches comme des espaces extraterritorialisés sur le plan douanier où les marchandises ne sont pas réputées sur le territoire douanier au regard des droits et taxes à l’importation. Les activités industrielles, commerciales, financières et de services y sont admises sous agrément de la DPFZA, qui dispose de pouvoirs réglementaires (barèmes de redevances, amendes, normes HSE & construction) et agit comme guichet unique (licences, enregistrement). (Droit-Afrique)

2.2. Emploi et contingents nationaux

Le Code encadre l’emploi : liberté d’embauche, mais obligation d’au moins 30 % de nationaux à la fin de la première année, portée à 70 % au bout de cinq ans. Le droit du travail national s’applique sauf dérogations spécifiques et les travailleurs djiboutiens doivent être affiliés à la protection sociale. Ces dispositions visent la transmission de compétences et la localisation d’une partie de la valeur ajoutée salariale, mais leur effectivité dépend, légalement, de l’offre de compétences locales mais surtout des mécanismes de contrôle (inexistants). (Droit-Afrique)

2.3. Régime fiscal et douanier

Point cardinal : Article 32.

  • Les salariés en zone franche sont assujettis à l’ITS (impôt sur les traitements et salaires).
  • Les entités de zone franche ne sont assujetties à aucun impôt direct ou indirect, TVA exceptée (application du Code général des impôts).
  • L’exonération s’applique pour une durée allant jusqu’à cinquante années, renouvelable.
  • Les biens importés/fabriqués en zone franche sont exempts de droits et taxes, sauf lorsqu’ils entrent dans le territoire douanier national ; dans ce cas, droits et taxes à l’importation s’appliquent. (Droit-Afrique)

Observation : « 10 ans » vs « 50 ans ». Certains documents d’investissement étrangers évoquent une exonération de « jusqu’à 10 ans ». La base juridique nationale en vigueur (Code) prévoit jusqu’à 50 ans, et le FMI confirme, en 2024, l’existence de congés fiscaux allant jusqu’à 50 ans dans les régimes d’incitation (Code des investissements et Code des zones franches). La divergence s’explique par (i) des résumés non juridiques visant l’investisseur et (ii) la coexistence de plusieurs régimes d’incitation aux périmètres différents. (U.S. Department of State)

3) Contribution au PIB : constats, proxys et scénarios

3.1. Contexte macro : une économie de services, tirée par la mer

En 2024, le PIB courant de Djibouti avoisine 4,09 Mds USD soient 4090 milliards de DjF (Banque mondiale). Les services dominent (≈ 85 % en 2023, AfDB / DG Trésor), reflet d’une spécialisation logistique, tandis que l’industrie (≈14 %) et l’agriculture (≈1 %) pèsent peu. La croissance 2023‑2024 a été rehaussée par la reprise de la demande éthiopienne et par l’essor du transbordement dans un contexte de reroutage partiel du trafic de la mer Rouge. (World Bank Open Data)

Élasticité croissance‑ports : le FMI souligne que l’activité portuaire explique l’essentiel de la variabilité de la croissance. Cette dépendance souligne l’importance des périphériques de valeur (zones franches) pour amplifier l’effet multiplicateur local (logistique aval, services aux entreprises, maintenance, e‑commerce B2B). (IMF eLibrary)

3.2. Proxys sectoriels pour approcher la part « zones franches »

L’absence de séries officielles « PIB des zones franches » oblige à mobiliser des proxys cohérents :

  • Transit/Éthiopie : ≈ 80 % des volumes portuaires, ≈ 400 M USD de redevances portuaires annuelles (ordre de grandeur). Une part de cette valeur se prolonge dans les zones franches via entreposage, manutention, services douaniers, distribution, réparation, etc. (The World Bank Docs)
  • Séries nationales « PIB des transports et communications » : le PIB du transport atteint 130,5 Mds DJF soit 725,000,000 USD en 2024 (pic historique), en hausse par rapport à 2023. Même si ce poste dépasse le seul périmètre des zones franches, il constitue un baromètre de la valeur ajoutée logistique dans laquelle les zones sont enchâssées. (Trading Economics)
  • Capacités / implantation : la DIFTZ (phase I) a 240 ha opérationnels, 404 entreprises, des entrepôts saturés. Le projet complet (4 800 ha) est calibré pour héberger des chaînes de valeur plus capitalistiques (industrie légère, assemblage, services régionaux), ce qui renforce l’hypothèse d’une progression tendancielle de la contribution indirecte des zones au PIB. (dpfza.gov.dj)

3.3. Projections officielles et prudence empirique

Des annonces de 2018‑2019 évoquaient, pour la phase pilote DIFTZ (2,4 km²), une contribution au PIB de l’ordre de 200 M USD (≈ 6–11 % du PIB de l’époque selon les sources) et, à terme, des centaines de milliers d’emplois. Ces chiffres sont projetés et non mesurés, et doivent être lus à l’aune des contraintes de capacité (compétences, demande industrielle régionale, logistique intérieure) : en 2023‑2025, la réalité reste plutôt logistico‑commerciale que manufacturière. (Oxford Business Group)

3.4. Ordre de grandeur plausible (exercice illustratif)

À défaut de données « PIB des zones », on peut esquisser un intervalle illustratif pour la contribution directe des zones (hors effets induits), sans prétendre à l’exhaustivité :

  • Base : activités logistiques sous douane, entreposage, distribution régionale, services B2B (douane, contrôle, assurance, TIC), et une frange de manufacturing léger.
  • Hypothèse conservative : si 404 entreprises en DIFTZ génèrent en moyenne 200 000 à 500 000 USD de valeur ajoutée annuelle (fourchette usuelle pour des PME logistiques/négoce en environnement hub), l’ordre de grandeur s’établirait entre 80 M et 200 M USD soit entre 14,4 milliards de DjF   360 milliards DjF pour la DIFTZ seule, hors DFZ, sans compter les effets induits (transport intérieur, services professionnels, services aux travailleurs). Cet exercice n’est pas un fait observé ; il se veut un outil de cadrage jusqu’à disponibilité de séries officielles par périmètre.

Ce type de scénario appelle la création, par l’INSD et la DPFZA, d’un compte satellite « zones franches » (VA, emploi, balance commerciale intra‑zone vs domestique), afin d’ancrer le débat public et budgétaire sur des mesures plutôt que des promesses. (Analyse de l’auteur, à finaliser avec des micro‑données fiscales et sociales.)

4) Emploi : volumes, qualité et multiplicateurs

4.1. L’état du marché du travail

Le chômage de masse (≈ 47 % au global, ≈ 86 % chez les 15‑24 ans) constitue la contrainte sociale majeure. La majorité des actifs travaillent dans l’administration publique ou l’informel, le privé formel ne représentant qu’≈ 8 % de l’emploi. La capacité des zones à absorber de la main‑d’œuvre dépend donc d’une diversification au‑delà de la seule logistique. (The World Bank Docs)

4.2. Emplois logistiques : un noyau relativement restreint

Hors promesses, les emplois directs du complexe portuaire‑logistique sont estimés autour de 6 500, auxquels s’ajoutent 6 000 à 8 000 emplois indirects. Ces chiffres englobent le cœur du corridor (terminaux, manutention, transitaires, entreposage) et incluent partiellement les zones franches. L’effet volume est réel, mais reste modeste au regard de la population active et du chômage des jeunes.

4.3. Quotas d’emploi local et contrainte de compétences

Le Code impose une montée en charge de l’emploi djiboutien en zone franche (30 % à 1 an, 70 % à 5 ans). Or, le déficit d’offre de compétences techniques (maintenance, conduite d’engins, supply chain, qualité, TIC, langue de travail) freine la substitution ; le FMI note que des postes qualifiés sont encore occupés par des expatriés faute de vivier. Cela plaide pour des programmes ciblés (lycées techniques, apprentissage, certifications logistiques, anglais des affaires) adossés aux besoins des entreprises de zone. (Droit-Afrique)

4.4. Multiplicateurs et industrialisation naissante

Des sources officielles ont parfois avancé qu’un emploi en zone franche crée deux emplois hors zone ; c’est plausible dans la logistique de hub, mais conditionné par la densité de fournisseurs locaux. Dans l’industrie légère, 892 emplois ont été créés en 2018 (tous établissements confondus), principalement par des filiales étrangères. Cette base reste faible et doit s’étoffer (textile, assemblage, agro‑transformation, maintenance lourde, réparation navale) pour que les zones jouent pleinement un rôle absorbeur d’emplois jeunes et féminins. (french.xinhuanet.com)

5) Recettes publiques : mécanismes et effets d’éviction

5.1. Comment les zones « payent » l’État

Compte tenu des exonérations massives prévues par la loi :

  • Impôt sur les sociétés / BIC : exonération en zone franche (article 32), donc faible contribution directe.
  • TVA : due (régime de droit commun) par les entités de zone sur les opérations taxables ; la TVA collectée au cordon douanier reste un pivot des recettes nationales.
  • Fiscalité salariale : ITS dû par les salariés des zones (retenue à la source par l’employeur).
  • Droits et taxes à l’importation : dus lorsque des biens sortent de la zone vers le marché local.
  • Redevances/parafiscalité : barèmes fixés par la DPFZA (licences, baux, redevances d’infrastructure) et dividendes des entités publiques ou parapubliques (ex. holdings portuaires). (Droit-Afrique)

5.2. Une base fiscale érodée, des ratios dégradés

Le FMI dresse en 2024 le tableau d’une assiette étroite, d’un C‑efficiency TVA faible (0,37) et d’un rendement de l’impôt sur les bénéfices autour de 1,5 % du PIB (contre ≈ 3 % dans les pairs), en partie du fait de régimes préférentiels (dont zones franches). La Banque mondiale relève que les exonérations (tous dispositifs confondus) ont atteint ≈ 19 % du PIB en 2022, pendant que les recettes fiscales reculaient vers 11,4–11,5 % du PIB (2019‑2023). Le message‑clef : l’arbitrage entre attractivité et mobilisation des recettes devient serré. (IMF)

5.3. Ce que paient (encore) les chaînes portuaires

Malgré l’exonération IS en zone franche, les chaînes portuaires alimentent le budget par douane/TVA à l’importation, redevances et dividendes : un rapport MEFI chiffre la contribution budgétaire du Port de Djibouti à 20–25 % des recettes de l’État, ce qui illustre l’importance du cordon douanier et des flux parafiscaux dans un pays « hub ». Il faut toutefois distinguer impôts (recettes fiscales) et autres revenus (redevances, loyers, dividendes).

6) Bilan coûts‑avantages : ce que les zones apportent… et ce qu’elles coûtent

6.1. Les gains observables

  • Ancrage de valeur autour des ports : la DIFTZ et la DFZ allongent la chaîne locale (entreposage, différenciation retardée, services B2B, PCS/guichet unique), renforçant le rôle de plate‑forme. (dpfza.gov.dj)
  • Résilience conjoncturelle : en 2023‑2024, la diversification vers le transbordement a soutenu la croissance face aux chocs régionaux, avec une hausse notable des volumes traités. (World Bank)
  • Attractivité : procédures centralisées (DPFZA), occupation élevée des entrepôts, effet d’entraînement sur des services connexes (assurance, inspection, TIC, restauration, maintenance). (Diftz)

6.2. Les coûts et risques

  • Érosion fiscale : congés fiscaux longs (jusqu’à 50 ans) et largeur d’assiette réduite ; rendement TVA et IS inférieur au potentiel ; risque d’arbitrage des bases (localisation d’activités dans les périmètres les plus exonérés). (Droit-Afrique)
  • Emploi : effets quantitatifs modestes jusqu’ici et contrainte de compétences; délai de montée en gamme de l’industrie légère. (The World Bank Docs)
  • Dépendance : concentration sur un client unique (Éthiopie) et sur des chaînes maritimes susceptibles d’être réorientées ; nécessité de soutenir la demande intrarégionale et la fabrication pour stabiliser l’activité. (The World Bank Docs)

6.3. Où se situe le point d’équilibre ?

  • À court terme, les zones franches accroissent la valeur ajoutée de services et l’efficience logistique ; leur impact fiscal net demeure faible par conception, mais elles optimisent des postes non fiscaux (redevances, dividendes portuaires).
  • À moyen terme, le relèvement du taux d’intégration locale (sous‑traitance, assemblage, agro‑transformation) conditionnera la traduction de l’activité de zone en profits domestiques, salaires imposables et consommation taxée (TVA), donc en recettes pérennes. (Insha’Allah)
  • À long terme, la durée des exonérations doit être corrélée à des engagements de performance (emplois nationaux, exportations hors Éthiopie, dépenses locales, formation certifiante) et révisée périodiquement.

7) Pistes de réforme pragmatiques

  1. Cibler et conditionner les incitations : suivre la recommandation du FMI — réserver les avantages « zone franche » aux activités hautement mobiles et exportatrices, plafonner la durée effective (par ex. 10–15 ans), conditionner à des contrats de performance (emplois nationaux, contenu local, R&D/formation), et clore les « dérogations ad hoc » hors cadre législatif. (IMF)
  2. Mesurer pour gouverner : instituer un compte satellite « zones franches» (VA, capital productif, exportations, masse salariale, ITS, TVA, import‑content). Publier un rapport annuel zones franches co‑signé DPFZA/Finances/INSD. (Analyse de l’auteur.)
  3. Relancer la productivité TVA : relever progressivement le C‑efficiency (élargissement d’assiette, limitation des exemptions hors panier de base, meilleure gestion des crédits et des remboursements), numériser intégralement la chaîne TVA/douanes (SIGTAS/ASYCUDA) et suivre la TVA des opérateurs de zones. (IMF)
  4. Accélérer la montée en compétences : aligner les quotas d’emploi local avec de vrais pipelines (lycées techniques/logistique, apprentissage dual, anglais technique, maintenance portuaire) cofinancés par les zones (fonds de formation abondé par m² loué ou par tête). (Droit-Afrique)
  5. Élargir la base manufacturière : cibler quelques chaînes d’assemblage (textile, montage électrique, pièces automobiles, agro‑transformation) adossées aux avantages logistiques de Djibouti (rotation conteneurs, cold chain) et aux marchés COMESA/AfCFTA. (Oxford Business Group)
  6. Maximiser les retombées fiscales indirectes :
    • Normer le contenu local dans les achats des opérateurs de zones (transport intérieur, catering, maintenance, sécurité), pour mutualiser l’effet emploi/TVA.
    • Sécuriser le prélèvement de l’ITS et des cotisations sociales (déclarations e‑payables, contrôle fondé sur la donnée) pour maximiser la contribution salariale. (Analyse de l’auteur.)
  7. Gouvernance et transparence : publier les barèmes de redevances DPFZA, les dividendes parapublics, et l’inventaire des exonérations par régime (coût budgétaire). La Banque mondiale signale que les exemptions pèsent lourdement ; la transparence en facilitera la rationalisation. (World Bank)

Conclusion : vers une « zone franche » de seconde génération

Les zones franches de Djibouti fonctionnent : elles lock‑in une partie de la valeur des flux portuaires, accélèrent la manutention et la distribution, et renforcent la position de hub, ce qui soutient la croissance du PIB dans une économie de services. Mais leur promesse sociale (emplois) et leur rendement fiscal (recettes) ne se matérialiseront pleinement que si l’on passe d’une zone logistique à une zone industrielle‑de‑services plus dense en compétences locales et en contenu local.

Trois priorités ressortent :

  1. Mesurer rigoureusement (compte satellite, rapport annuel) pour sortir du débat entre promesses et perceptions ;
  2. Conditionner et cibler les incitations (durée, secteurs, exportations, emploi) selon des contrats de performance révisables ;
  3. Investir dans les compétences et les chaînes d’assemblage où Djibouti peut combiner avantage logistique et densité d’emplois.

À ce prix, les zones franches pourront évoluer vers une seconde génération qui crée davantage d’emplois locaux, élargit la base fiscale (via salaires et TVA plutôt que via l’IS) et stabilise la croissance au‑delà des seuls aléas du trafic maritime et de la conjoncture éthiopienne. (IMF eLibrary)


Références (sélection commentée, citées dans le texte)

  • Cadre légal : Code des zones franches (Loi n° 53/AN/04, mod. 2008‑2009) – administration par DPFZA, quotas d’emploi national (30 % → 70 %), exonérations jusqu’à 50 ans, assujettissement TVA et ITS, régime douanier. (Droit-Afrique)
  • DPFZA / Zones : fiches DFZ (40 ha) et DIFTZ (phase I : 240 ha ; projet 4 800 ha ; 404 entreprises ; entrepôts saturés). (dpfza.gov.dj)
  • Chaîne portuaire / Éthiopie : ≈ 80 % des volumes, ≈ 400 M USD de redevances (World Bank, Country Economic Memorandum). (The World Bank Docs)
  • PIB / structure : PIB courant ≈ 4,09 Mds USD (2024) ; services ≈ 85 % (AfDB/DG Trésor). (World Bank Open Data)
  • Variabilité croissance : l’activité portuaire explique ≈ 80 % de la variation de la croissance (FMI, Article IV 2024). (IMF eLibrary)
  • PIB des transports (proxy) : 130,5 Mds DJF (2024). (Trading Economics)
  • Emploi : 6 500 emplois directs logistique + 6 000–8 000 indirects ; port = 20–25 % des recettes de l’État (MEFI/DFE).
  • Marché du travail : chômage ≈ 47 % (jeunes ≈ 86 %), privé formel ≈ 8 % des emplois (World Bank CEM). (The World Bank Docs)
  • Fiscalité : rendement TVA faible (C‑efficiency 0,37), IS ≈ 1,5 % du PIB, régimes préférentiels jusqu’à 50 ans (FMI, Selected Issues 2024). (IMF)
  • Exonérations : coût ≈ 19 % du PIB (BM 2024) ; recettes fiscales11,4–11,5 % du PIB (2019–2023). (World Bank)
  • Projections DIFTZ : 200 M USD au PIB (phase pilote) ; annonces d’emplois massifs (à manier avec prudence). (Oxford Business Group)

Annexes : extraits essentiels du cadre légal (rappel)

  • Art. 10 : guichet unique (licences, immatriculation) par la DPFZA. (Droit-Afrique)
  • Art. 12 : pouvoir réglementaire DPFZA : barèmes de redevances, amendes, normes. (Droit-Afrique)
  • Art. 29 : 30 % de nationaux à 1 an, 70 % à 5 ans. (Droit-Afrique)
  • Art. 32 : ITS dû par les salariés ; exonération d’impôts pour les entreprises jusqu’à 50 ans ; TVA applicable (droit commun). (Droit-Afrique)
  • Art. 35–38 : exonération douanière en zone ; droits et taxes lors d’une mise à la consommation sur le territoire douanier national. (Droit-Afrique)

Remarque finale de méthode

Pour préserver la rigueur empirique, les chiffres non disponibles par périmètre  («PIB des zones », emplois strictement en zones) ont été signalés comme tels et approchés par des proxys (comptes nationaux sectoriels, séries « PIB des transports », données DPFZA, documents BM/FMI, annonces officielles) ou des scénarios transparents. La priorité statistique recommandée est la mise en place d’un compte satellite dédié aux zones franches, afin d’objectiver la contribution nette (PIB, emploi, recettes) de ce pilier de la stratégie « port‑parc‑ville ». (Trading Economics)

Fin.

Alpha LASSINI

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Surgir, Agir et Disparaitre pour que la semence porte du fruit. (Rise, Act and Disappear so that the seed bears fruit)