
ALEXIS MOHAMED – Candidat à l’éléction présidentielle de 2026
ZAKARIA MOHAMED ISMAIL – Ancien candidat à l’éléction presidentiel de 2022
Pamphlet à l’usage de ceux qu’on prend pour des poulets sans mémoire
Il y a des pays où les candidats surgissent de la société civile, des luttes, des idées, des rêves collectifs.
Et puis il y a la République de Djibouti, laboratoire avancé d’un autre modèle politique :
l’élevage en batterie des présidentiables.
Tous les cinq ans, le peuple découvre, ébahi, la dernière production sortie du hangar.
Toujours le même emballage.
Toujours le même label tribal.
Toujours le même regard vaguement hébété de poulet qu’on sort de la lumière rouge pour le jeter sous les projecteurs.
On les garde au chaud, on les nourrit de rumeurs, de petits privilèges, de réseaux obscurs.
Et, à l’approche des élections, on ouvre la porte du poulailler :
— « Allez, hop, file au plat ! Va te présenter au peuple, il est encore assez docile pour avaler ça. »
Ils descendent alors de leurs perchoirs climatisés, expulsés de leurs terriers de circonstances, le front lustré par des conseillers en communication improvisés, habillés de mots qu’ils ne comprennent pas et de principes qu’ils n’ont jamais pratiqués.
Et nous, citoyens, nous sommes censés applaudir.
Ou mieux : ne rien dire.
Regarder cette procession d’animaux politiques standardisés, tous estampillés du même code-barres tribal, comme si c’était là le destin naturel d’un pays : être dirigé par un catalogue, non par une conscience.
2022 : LE GÉNIE DU BAÎLLON
En 2022, la République de Djibouti a eu droit à une innovation spectaculaire, un sommet de créativité politique qui aurait dû figurer dans les manuels de science politique sous le chapitre :
« Comment éviter toute question sans avoir l’air de fuir ».
Souvenez-vous.
Un candidat.
Un “opposant”.
Un présidentiable de laboratoire, calibré pour faire semblant d’incarner l’alternative.
Sa trouvaille ?
Simple. Brillante. Hallucinante.
Il s’est… bâillonné lui-même.
Non, ce n’est pas une métaphore.
Il a littéralement organisé sa propre absence. Il s’est rendu muet, injoignable, inaccessible.
Comme ça, aucune question sur son programme.
Aucun débat.
Aucun risque de contradiction.
Le silence comme stratégie électorale.
Personne n’y avait pensé.
Ni Machiavel, ni Sun Tzu, ni les spin doctors les plus tordus de la planète.
Il fallait un génie local pour inventer ça : se supprimer soi-même de la conversation et appeler ça une candidature.
Pendant que le peuple attendait des réponses, lui offrait un spectacle conceptuel :
un homme politique sans paroles,
un candidat sans idées,
une campagne sans voix.
Même les pierres de Djibouti-Ville en rient encore, la nuit, lorsque plus personne ne fait semblant d’y croire.
2026 : LE RETOUR DE L’ANIMAL NOUVEAU
Mais l’histoire, à Djibouti, est généreuse : elle ne se contente pas d’un seul gag.
Elle fournit des saisons entières.
En 2026, voici donc le nouvel “animal” qui surgit de la coulisse, version améliorée du produit 2022.
Feu IFTIN, paix à son âme, quand il passait par la fameuse “Place Clochards”, avait une formule pour ces êtres qu’il ne savait où classer :
« Ce sont des animaux politiques non identifiés, des bêtes sans espèce, juste douées pour flairer la gamelle. »
L’animal 2026, lui, s’est trouvé un plumage :
il se présente comme “spécialiste des médias”.
Rien que ça.
Ex-Assistant à la Présidence.
Enfant bien dressé du système.
Produit fini de l’élevage en batterie officiel.
Le voilà donc, sur un plateau d’une « nouvelle chaîne africaine ».
Lumière crue, décor prétentieux, présentateur en costume serré.
Il s’avance.
Il parle.
Il croit briller.
SCÈNE : UN “BEL AMI” À L’HAMEÇON
Imaginez la scène.
Sur le plateau, un fauteuil trop large pour lui.
La caméra resserre.
L’ex-Assistant, reconverti en grand démissionnaire héroïque, prend son air grave.
Il explique, avec une solennité empruntée, les “raisons profondes” de sa démission, ce “coup d’éclat” qu’il présente comme une rupture historique.
Mais la vacuité intellectuelle, elle, ne se maquille pas.
Dès les premières secondes, les mots trébuchent.
La langue de Molière, écorchée vive, se débat dans sa bouche comme un poisson hors de l’eau.
La logique a déserté les phrases.
Les pas lents de la pensée ont disparu, remplacés par une marche précipitée de mots bancals.
Son regard reste planté dans celui du journaliste comme un clou mal enfoncé.
Il ne sait plus s’il doit convaincre, séduire, intimider ou simplement meubler le temps.
Une pause survient, solennelle mais vide, semblable à un écran figé.
Puis sa voix claque, sèche, comme une porte qui se ferme sur le néant.
L’orateur croit démontrer sa maîtrise.
En réalité, son discours rappelle un manuel de rhétorique rédigé par un perroquet fatigué :
phrases pompeuses, syntaxe brinquebalante, argumentation absente.
Le public, lui, oscille entre rire et consternation.
On ne sait plus très bien s’il parle de sa démission, de sa carrière, de son ego ou simplement de son incapacité à comprendre ce qu’il dit lui-même.
Voilà donc le “spécialiste des médias” :
un Bel Ami condamné à courir derrière l’appât accroché à l’hameçon, sans jamais voir que le fil lui sort déjà du dos.
TARTUFFE EN COSTUME LOCAL
Ah… te voilà donc, toi, le grand Tartuffe de service.
Toi qui porte la vertu comme un manteau emprunté, trop grand pour ton âme et trop propre pour tes mains.
Toi qui parles de principes avec la bouche, pendant que ton ventre, lui, rédige la vraie constitution de ta conduite.
Tu l’entends, n’est-ce pas, cette voix que tu redoutes ?
Celle qui te rappelle ton propre parcours d’ombre :
toujours dos au peuple,
toujours face à la table.
Ce soir, je ne te laisserai pas te glisser entre les rideaux du mensonge.
Je t’arrache à tes coulisses grasses, à tes apartés mielleux, à tes révérences de pacotille.
Tu joues les pieux, les dignes, les constants…
Mais tu n’es qu’un funambule sans fil, un pantin sans colonne,
un renard qui se prend pour un prêtre,
et dont la soutane sent la soupe tiède et l’opportunisme rance.
Regarde-toi.
Tu zigzagues, tu ondules, tu rampes —
entre Monsieur Boreh d’un côté
et Monsieur le Président IOG de l’autre,
comme si la vérité était une flaque où tu peux changer de reflet selon la lumière.
Un jour tu t’inclines ici,
le lendemain tu t’agenouilles là,
et le surlendemain tu reviens jurer que tu n’as jamais quitté l’autel.
Mais quel autel, hein ?
Celui de la conviction ?
Non.
Celui de ta faim.
Parce que ton dieu, ce n’est ni l’honneur ni le peuple.
Ton dieu, c’est ce pitoyable ventre que tu promènes comme un drapeau.
Tu ne sers pas une cause, tu sers la marmite.
Tu ne défends pas une idée, tu défends la ration.
Tu n’es pas fidèle : tu es affamé.
LA “GORGE PROFONDE” DU VIDE
Et derrière ce ventre, quelle cathédrale de bassesse.
Une “Gorge profonde”, oui,
non pas celle des lanceurs d’alerte courageux,
mais ce gouffre discret où tu déposes tes serments comme on jette des déchets :
Là, tu ranges tes reniements.
Là, tu entraînes ta langue au double langage.
Là, tu apprends l’art de dire “Je suis avec vous”
tout en mâchant déjà le pain de l’autre camp.
Tu te crois subtil.
Tu te crois stratège.
Tu te vois déjà en faiseur de ponts entre les camps,
en artisan de la réconciliation nationale, n’est-ce pas ?
Mais même tes pirouettes ont la lourdeur d’un sac de farine humide.
Même tes justifications ont la transparence d’un rideau de fumée.
Tu appelles ça “pragmatisme”.
Nous, nous appelons ça comédie.
Et quelle comédie !
Une farce mémorable, jouée par un acteur qui a oublié son texte
et qui improvise à la salive,
enchaînant les contradictions comme d’autres enfilent des perles.
Tu changes de camp par conviction…
ou par digestion ?
Tu sors de grands mots, puis tu retournes te faufiler là où ça nourrit.
Tu agites des principes comme un encensoir,
mais tu ne pries qu’une seule chose :
que la table soit mise,
que le plat soit copieux,
et que personne n’ose regarder dans ta besace.
ENTRE BOREH ET IOG : L’HOMME DES MANGEOIRES
Te voilà donc, éternel équilibriste entre deux mondes.
D’un côté, l’argent, le réseau, la puissance parallèle,
incarnés par Monsieur Boreh.
De l’autre, l’État, la fonction, l’appareil,
incarnés par le Président IOG.
Et toi, planté entre les deux,
convaincu que ton rôle historique consiste à faire la navette entre deux mangeoires.
Tu dis que tu veux “rassembler”.
Mais tu ne ressembles à rien.
Tu additionnes juste tes chances de rester proche du plat.
Si demain le vent tourne, on sait déjà ce que tu feras :
tu renommeras tes reniements en “réajustements politiques”,
tes fuites en “maturité stratégique”,
et tes trahisons en “nécessités historiques”.
La seule chose historique, dans tout ça,
c’est la profondeur de ta servilité.
Tu n’es pas l’homme des ponts, tu es l’homme des mangeoires.
Tu ne tends pas des passerelles, tu tends des assiettes.
LA RÉPUBLIQUE DES VENTRES
Le plus tragique, peut-être, ce n’est même pas toi.
C’est ce que ta candidature dit du système qui t’a produit.
Une République qui, après des décennies, n’arrive à enfanter que deux catégories de présidenciables :
– le candidat 2022, qui se bâillonne pour ne jamais avoir à parler ;
– et toi, candidat 2026, qui parles sans jamais rien dire.
Le silence ou le vide.
Voilà le choix qu’on offre au peuple.
Arrière-plan : un appareil d’État saturé de calculs, de clans, de loyautés de ventre.
Premier plan : des individus “élevés en batterie”, servis au moment opportun, estampillés du bon label tribal pour rassurer les uns et intimider les autres.
On vous sort du congélateur politique à l’approche des élections,
on vous laisse décongeler deux mois sous les projecteurs,
puis on vous renvoie au frigo si vous n’êtes plus utiles.
C’est cela, la grande innovation démocratique qu’on propose aux Djiboutiens.
Pas le débat.
Pas la confrontation des idées.
Pas le renouvellement réel.
Non.
Des animaux de batterie,
des Tartuffes de télévision,
des ventres ambulants drapés dans de grandes phrases.
FACE À UN TARTUFFE, LA MÉFIANCE EST LÉGITIME
Ne nous y trompons pas :
si même le Président IOG se montre méfiant devant ce genre de créature politique,
ce n’est pas par excès de prudence.
C’est par instinct de survie.
Car un homme qui ne connaît d’autre fidélité que son appétit
n’est loyal envers personne.
Ni envers Boreh,
ni envers IOG,
ni envers le peuple.
Il n’est loyal qu’envers la prochaine occasion.
Demain, s’il fallait renier son passé d’Assistant à la Présidence pour se peindre en opposant radical, il le ferait.
Après-demain, s’il fallait renier son discours d’opposant radical pour revenir manger à la table du pouvoir, il le ferait aussi.
Tu n’es pas un projet politique.
Tu es un symptôme :
le symptôme d’un système qui a tellement peur de son propre peuple
qu’il ne lui offre plus que des caricatures à mettre dans l’urne.
LE RIDICULE COMME DERNIER RECOURS
Alors, oui, nous avons le droit — et le devoir — de rire.
De rire de ces candidats sortis d’usine,
de ces hommes qui marchent comme s’ils portaient le pays dans leurs valises,
alors qu’ils ne transportent que leur ego et leur faim.
De rire de ces discours gonflés au vide,
où chaque phrase lourde cache une pensée creuse.
De rire de ces plateaux télévisés transformés en confessionnaux pour opportunistes repentis,
où chacun vient rejouer sa propre légende en espérant que la lumière efface les taches.
Le ridicule, ici, n’est pas une cruauté.
C’est une arme de défense minimale.
Quand l’indignité atteint ce niveau,
quand la colère devient trop froide pour hurler,
il reste le sarcasme comme dernier refuge de la lucidité.
Nous ne pouvons peut-être pas empêcher l’élevage en batterie des présidenciables.
Nous ne pouvons peut-être pas fermer les usines à Tartuffes.
Mais nous pouvons refuser d’avaler, sans broncher,
ces produits politiques standardisés,
ces ventres parlants,
ces animaux de plateau télé.
Tant qu’il y aura quelqu’un pour pointer du doigt le grotesque,
pour dire :
« Non, ceci n’est pas du courage, c’est du calcul »
« Non, ceci n’est pas une rupture, c’est une reposition »
« Non, ceci n’est pas une candidature, c’est une manœuvre de ventre »
alors, tout n’est pas perdu.
Le rideau finira bien par tomber.
Et, ce jour-là, on ne se souviendra pas de leurs postures, ni de leurs sermons, ni de leurs courbettes.
On se souviendra seulement
du bruit que fait un Tartuffe
quand il glisse sur sa propre hypocrisie.


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