La dynamique de changement suggérée par ces perspectives de développement suppose, en vue de sa réalisation, contrairement à la vision « integrative » portée par certains pays de l’Igad, un certain nombre de conditions financières, économiques, sociales et institutionnelles.
Ces conditions ont trait aux sources de financement des choix stratégiques, aux options globales en matire de politique économique, aux choix sectoriels essentiels, aux principales priorités sociales et aux rôles des acteurs dans la stratégie de changement.
De la stratégie d’ensemble.
La stratégie d’ensemble consiste en la mise en perspective appelée à définir le cadre dans lequel devrait s’ ‘ inscrire, pour la République de Djibouti de demain, les orientations générales, les objectifs à atteindre et les moyens pour les réaliser.
De ce fait, la stratégie d’ensemble, vise à définir les composantes d’une vision sur la base de laquelle devrait reposer une série de stratégies sectorielles, sociales et spaciales indispensables pour l’accroissement des performances du système productif national.
Par ailleurs, la stratégie d’ensemble retenue consiste à valoriser l’ensemble des potentialités du pays en vue d’orienter et de mieux maîtriser le processus de développement. L’objectif d’une telle vision est de réaliser une croissance soutenue et un développement durable dans un cadre organisationnel et institutionnel réduisant l’impact des aléas et des dysfonctionnements sur l’évolution de l’activité économique, l’objectif ultime étant de garantir une meilleure insertion de l’homme dans l’espace social.
1.Stabiliser le taux de croissance à un niveau élevé.
Régulariser l’activité économique dans un contexte de développement, nécessite trois types d’action :
- Le premier est une action de long terme sur les structures de l’économie dont elle cherche à réduire les rigidités. Il vise, d’une part, à normaliser et développer l’activité du secteur le plus important, afin de le rendre moins sensible aux aleas. D’autre part, à développer les activités tant du secteur primaire, en le hissant au niveau de secteur hautement stratégique, que du secteur secondaire.
- Le second type d’action, de court et moyen terme, vise à libérer la politique économique de l’unique objectif budgétaire ,à lui rendre sa flexibilité et à élargir le champ d’action pour atténuer les effets des fluctuations économiques le long du sentier de la croissance. Les politique budgétaires et dans une moindre mesure, monetaire, recouvrent ainsi toute leur dimension à côté notamment des politiques des échanges extérieurs. Les effets indésirables des fluctuations de grande amplitude des importations des produits intrants sur le reste de l’économie, pourront ainsi etre au moins partiellement neutraliser. Il en est de même des chocs extérieurs.
- Le troisième type d’action consiste en la création d’un dispositif de sécurité conjoncturelle et de gestion de l’incertain. Ces actions, tout en contribuant à une régularisation positive des fluctuations de la croissance, ameliorent la compétitivité interne et externe de l’économie nationale.
Un tel objectif suppose, cependant, un environnement productif favorable au moyen d’un renforcement des infrastructures de base, d’un système d’éducation et de formation approprié et d’un contexte culturel et institutionnel stimulant l’initiative, la concurrence loyale et la solidarité.
2. Renforcer les infrastructures publiques.
Le diagnostic relatif à la situation des principales composantes des infrastructures publiques révèle que le déficit dans ce domaine est tel que seule une stratégie volontariste est à même d’en atténuer l’ampleur. Cependant, dans un contexte national de rareté relative des ressources publiques allouées aux infrastructures de base, la mise en place d’une stratégie diversifiée impliquant le secteur privé, les Collectivités locales disposant de toutes leurs prérogatives, et les populations est nécessaire.
Ces perspectives offrent trois formes de prise en charge des infrastructures publiques:
2.1 L’implication des régions et des groupements de regions dans la prise en charge des infrastructures publiques.
Cette implication peut se situer à deux niveaux, somme toute, complémentaires aux actions des » développeurs » locaux et régionaux. Des actions de financement sous la forme d’une prise en participation aux investissements d’infrastructures et des actions de gestion sous la forme de la mise à disposition des promoteurs de projets d’équipement de tout appui et support de logistique du ressort de la région ou du groupement des régions.
La faisabilité de cette alternative dépend, cependant, d’un certain nombre de préalables. Il s’agit, en particulier, de la jouissance pleine et entière des prérogatives issues des lois sur la décentralisation, de l’élargissement du champ des prérogatives financieres des Collectivités locales, de l’instauration de procédures de financement des projets d’intérêt local ou régional et qui soient simples.
2.2 La mise en place de programmes d’intérêt public local impliquant la participation des populations.
Cette forme de prise en charge des infrastructures publiques rentre dans le cadre du principe du financement alternatif. En effet, face aux difficultés croissantes d’une gestion centralisée, la réflexion s’ achemine, aujourd’hui, de plus en plus vers la recherche de nouvelles modalités de réalisation des projets d’intérêt public local, axées sur une participation et une adhésion accrue des populations.
Cette tendance est justifiée par le principe selon lequel la conception concertée et négociée des projets, leur prise en charge par les populations concernées et la gestion participative constituent les meilleurs garants de la réussite, de la viabilité et de la pérennité des projets.
Le projet de financement alternatif suppose cependant la définition, par la population, des priorités en matière de projets et des objectifs qui en sont attendus, il suppose également l’existence d’un environnement institutionnel et culturel local favorable aux initiatives décentralisées et d’un système de crédit approprié.
Il peut enfin faire l’objet d’un programme national de travaux d’intérêt public local basé sur la détermination de zones à équiper en priorité pouvant bénéficier de l’appui de L’Etat notamment sur le plan financier et dans le cadre de contrats État-regions
3. L a définition de formes aappropriées d’implication du secteur privé.
Au reregard des defidéficits croissants en infrastructures publiques et face aux limites objectives de l’Etat et des Collectivités locales à contribuer financièrement à la couverture des besoins, l’implication du secteur privé s’ avere cruciale. Cependant, en vertu de la nature des biens et des services relevant de cev sectn, une telle implication nécessite des formes différenciées et appropriées de désengagement de L’Etat en fonction de la nature des infrastructures considérée. Ces modalités d’implication peuvent prendre la forme de contrats de programmes, de concessions et de sous-traitanceq, de systèmes d’incitation et d’encouragement et enfin de rationalisation de la gestion de services publics d’infrastructures (électricité, eau, assainissement, …) en les soumettant aux règles et normes de la concurrence.
4.Un système approprié d’éducation et de formation
Le diagnostic du secteur éducatif djiboutien permet l’identification de nombreux atouts pouvant contrkibuer à favoriser un développement du secteur. Il révèle aussi l’existence de lacunes er de déficits en matière de scolarisation et de formation.
Le développement harmonieux d’un système d’enseignement et de formation de qualité nécessite la définition claire des missions et des priorités du système, la mise en oeuvre d’orientations et de mesures susceptibles de remédier à ses insuffisances.
4.1. La généralisation de l’enseignement fondamental.
Parmi les grandes priorités du secteur éducatif, il y a la mise en place de la généralisation de l’enseignement fondamental. Cette orientation devrait aboutir, en particulier, l’adoption de mesures efficaces visant la réduction des inégalités d’accès à l’école entre les filles et les garçons et entre les ruraux et les urbains.
La concrétisation de cet objectif incontournable pour le développement de l’économie et la société djiboutienne, sera facilitée par l’élaboration d’une politique de « l’école pour tous » de seconde génération qui fixe de nouvelles modalités de la généralisation et du développement du secteur.
4.2 La rationalisation et le développement du secteur de la formation professionnelle.
Les actions à prendre à ce niveau concernent la coordination, la mise en place d’un meilleur système d’orientation et d’articulation avec le système productif et une plus grande flexibilité et adaptabilité avec les besoins changeants qu’impose l’obsolescence rapide des savoir-faire et des qualifications
4.3. Les nouvelles missions de l’enseignement supérieur.
Le rôle nouveau de l’université decoule de la nécessité de son ouverture aux nouvelles exigences économiques, scientifiques et technologiques.
Outre sa vocation traditionnelle et nécessaire d’appropriation du savoir, l’université doit s’ assigner quatre missions essentielles:
- préparer à la recherche et à l’enseignement. À cet égard, le développement de l’assistance-conseil et de la recherche-développement est devenu un enjeu stratégique de taille à la fois pour l’université, l’entreprise et l’économie nationale;
- Offrir des formations spécialisées et adaptees aux besoins du marché du travail;
- S’ eriger en lieu de culture et d’études ouvert à tous, pour répondre aux besoins de l’éducation tout au long de la vie;
- S’ ‘ inscrire dans la nouvelle dynamique de coopération scientifique internationale et tirer parti de la mondialisation en vue à la fois de combler les déficits scientifiques et technologiques constatés à l’échelle nationale et d’enrichir le dialogue interculturel.
4.4. L’amélioration des conditions de l’environnement de l’apprentissage.
Cette amélioration nécessite la formation, l’implication et la valorisation du statut des formateurs conformément aux exigences de la recherche de la qualité. Ce qui implique l’élaboration d’un plan de valorisation, de perfectionnement et de promotion au profit des enseignants et formateurs, en accordant, toutefois, une attention particulière à la situation des enseignants en milieu rural.
4.5. Des moyens adaptés à une gestion efficace et moderne du système éducatif.
L’action à ce niveau suppose une approche nouvelle basée, à l’image des comités de gestion des écoles, sur l’instauration d’un système de gestion moderne visant la rationalisation et l’optimisation des moyens mis à la disposition du secteur éducatif.
Cette gestion nécessite l’adoption du principe de la transparence et le développement par la concertation de l’implication des partenaires et des acteurs concernés: élèves, étudiants, parents, enseignants, formateurs, responsables administratifs, employeurs et organisations professionnelles.
Elle suppose, également, le développement des études et de l’information afin de disposer d’une connaissance précise et fiable de l’état réel des coûts et des dépenses afférents au fonctionnement de l’ensemble des composantes du secteur.
Elle nécessite, par ailleurs, une politique dynamique et novatrice des ressources humaines, axée d’un côté sur la définition des bases permettant de motiver, de responsabiliser et d’impliquer le personnel dans l’amélioration des performances à la fois qualitatives et quantitatives du système de l’éducation et, de l’autre, sur la mise en place d’un programme de formation, de perfectionnement et de remise à niveau des formateurs et des gestionnaires.
Elle suggère enfin, des outils modernes de contrôle et de gestion, basés sur la programmation et les contrats-programme.
4.6. Des moyens de financement suffisants et adaptés.
Les moyens susceptibles de renforcer les ressources nécessaires afu développement de l’éducation et de la formation sont multiples. Quatre options complémentaires peuvent être envisagées:
- Améliorer l’utilisation des ressources disponibles;
- Accroître les ressources disponibles affectées au secteur;
- Diversifier et mobiliser les ressources nouvelles;
- Développer l’enseignement privé.
5. La politique culturelle.
- la diffusion et l’amélioration du niveau de la lecture;
- Ouvrir l’université sur son environnement culturel, régional et national;
- Élaborer un programme de réhabilitation des spécificités locales en s’ appuyant sur leurs diversités comme base de l’ouverture de la République de Djibouti sur son environnement;
- Élaborer un programme de production audiovisuelle prenant en considération les défis lancés par la révolution des médias dont la caractéristique est l’échange et la participation;
- Élaborer une stratégie nationale de communication destinée à améliorer l’image de la République de Djibouti à l’extérieur;
Les développements consacrés aux objectifs transversaux de la stratégie d’ensemble ne signifient pas une centralisation de la gestion des problèmes économiques, sociaux et culturels. Ils traduisent au contraire une vision globale tenant compte de la dimension territoriale. Car, , aujourd’hui,une gestion publique centralisée a tendance à laisser place à une planification plus efficace de type régionale et locale.
6. Une planification regionale et locale appropriée.
Une gestion maîtrisée du changement suppose une forme de planification restituant la croissance et le développement dans leur dimension territoriale.
Cette perspective semble dictée par une considération majeure. En effet, la complexité et l’importance des problèmes économiques et sociaux, la croissance continue des besoins et la diversité des contextes territoriaux, rendent, de plus en plus difficile une maîtrise centralisée du changement.
La planification regionale et locale devient, de ce fait, une composante essentielle de toute stratégie d’ensemble de développement économique et sociale.
Par une meilleure proximité du lieu de décision, des moyens et des acteurs, la planification régionale permet de mieux identifier les priorités économiques et sociales et de mettre en oeuvre, avec plus d’efficacité, les programmes de développement, garantissant par la participation de la population, une meilleure transparence dans l’allocation des ressources.
Cependant, le degré de cohérence attaché à cette forme de planification dépend de la mise en place de mécanismes de contractualisation entre les différentes entités régionales d’une part, l’Etat et la région de l’autre. Ce qui suppose l’organisation, de façon permanente, de la concertation et de la participation de tous les acteurs locaux et régionaux à l’élaboration des programmes de développement économique et social.
Cette condition a comme objectif principal de garantir l’adhésion des acteurs, leur engagement dans le processus de changement et leur responsabilisation par rapport aux principaux choix stratégiques de l’avenir.
La traduction de la stratégie d’ensemble qui vient d’être présentée est concrètement perceptible au niveau des stratégies sectorielles.